CAREME ET RAMADAN A L’UNISSON: L’Abbé Séraphin-Raphaël NTAB forge le concept de « Carêmadan »
Cette année, le Carême et le Ramadan débutent au même moment. Une coïncidence rare et hautement symbolique qui a inspiré l’abbé Séraphin-Raphaël Ntab, Vicaire général du diocèse de Kolda et professeur de théologie dogmatique. Il forge le mot « Carêmadan », un néologisme qui, selon lui, traduit avec force la consolidation du vivre-ensemble dans un Sénégal modèle de dialogue interreligieux.
En fusionnant Carême et Ramadan pour sortir le concept de « Carêmadan », l’abbé Séraphin-Raphaël Ntab propose bien plus qu’un simple jeu de mots. Pour lui, ce néologisme exprime, « mieux que tout discours », la portée spirituelle de ce mercredi 18 février 2026, où chrétiens et musulmans entrent simultanément dans leur temps de jeûne, de prière et de conversion.Citant René Char : « Les mots savent de nous ce que nous ignorons d’eux », le Vicaire général du diocèse de Kolda souligne que « Carêmadan » n’est « ni une fantaisie linguistique ni une formule médiatique ».
Il décrit, selon lui, « de manière heureuse et interpellante, le chemin de renouveau intérieur qui s’ouvre aujourd’hui pour chrétiens et musulmans ».Deux confessions différentes. Un même élan spirituel, au cœur d’un pays réputé pour la solidité et la profondeur de son dialogue interreligieux.
Un « signe du ciel »
Pour l’abbé Ntab, cette concomitance dépasse le simple hasard du calendrier. « Il y a dans ce rendez-vous partagé comme un signe du ciel, une invitation à redoubler d’efforts et de créativité dans notre projet de vivre-ensemble, en dépit de différences qui oscillent entre richesse et menace, chance et risque », souligne-t-il.
Dans un pays où la foi se décline au pluriel, chacun est appelé, de son point de vu, à s’interroger. « Que veut révéler ce rendez-vous du calendrier de Dieu et de nous-mêmes ? », interpelle-t-il.Au-delà du dialogue doctrinal, l’homme d’Église estime que « chrétiens et musulmans sénégalais se voient confier une mission supplémentaire et salutaire : consolider les acquis d’un dialogue interreligieux forgé au fil des siècles, dans le respect et la fraternité ».
Bâtir ensemble le « Sunugal »
« Les signes, insiste-t-il, sont là. Ils nous invitent à bâtir ensemble ce ‘Sunugal’ qui nous est si cher, cette barque portée vers l’avenir malgré les intempéries et les vents contraires sous leurs multiples visages ».
Et d’ajouter dans un élan rassembleur : « Je suis sénégalais, musulman ou chrétien, et j’entends vivre mon Carême et mon Ramadan comme un plus à apporter à mes frères, à mes sœurs et à mon pays ».
En guise de vœux, l’abbé Séraphin-Raphaël Ntab souhaite ainsi à tous un « bon Carêmadan », symbole d’un Sénégal uni dans la diversité et la foi.
Viviane DIATTA

