Société

CARÊME: Temps d’épreuve, de purification et de conversion

C’est parti pour quarante jours de prière, de pénitence et de partage pour les chrétiens. Un temps fort de la vie spirituelle qui rappelle les quarante années du peuple hébreu au désert, mais aussi une période d’épreuve, de purification et de préparation intérieure.

Cette année, le Carême coïncide avec le début du Ramadan, offrant ainsi aux croyants musulmans et chrétiens un même horizon de spiritualité et d’élévation.

Le « Mercredi des Cendres » ouvre officiellement ce temps liturgique. Dans toutes les paroisses du Sénégal, la cérémonie d’imposition des cendres marquera solennellement l’entrée dans ces quarante jours de prière, de jeûne et de partage qui conduiront les fidèles jusqu’à Pâques, célébrée le dimanche 5 avril.

Pour le Secrétaire général permanent de l’Union du Clergé Sénégalais (UCS), Abbé Roger Gomis, cette année revêt une dimension particulière. Deux voix majeures se font entendre pour guider les fidèles dans ce temps de grâce.

D’une part, les évêques sénégalais proposent le thème : « Bâtir une Église synodale autonome, au service du bien commun, pour la promotion de la justice et de la paix ». Les pasteurs s’inspirent directement des orientations de la 5ᵉ Assemblée générale de la CERAO, tenue à Dakar en mai 2025, qui a réuni 148 participants, dont deux cardinaux et 101 évêques issus de 16 pays d’Afrique de l’Ouest. Dans leur exhortation, ils écrivent : « Nous venons de vivre le Synode sur la synodalité. Au niveau de nos Églises locales, nous avons partagé, échangé et prié sur notre commune volonté de marcher ensemble, de faire Église ».

D’autre part, le Pape Léon XIV, dans son message universel du 5 février 2026, invite les chrétiens du monde entier à « écouter et jeûner ». Le Saint-Père affirme : « La disposition à écouter est le premier signe par lequel se manifeste le désir d’entrer en relation avec l’autre ». Il rappelle également avec force que « la condition des pauvres est un cri qui, dans l’histoire de l’humanité, interpelle constamment notre vie, nos sociétés, nos systèmes politiques et économiques et, enfin et surtout, l’Église ».

Pour Abbé Roger Gomis, ces deux messages, l’un africain, l’autre universel, convergent vers un même appel : écouter, cheminer ensemble et se convertir.Origines bibliques et liturgiquesLe mot Carême vient du latin quadragesima, qui signifie « quarantième ».

Ces quarante jours (sans compter les dimanches) renvoient aux quarante années du peuple hébreu dans le désert, aux quarante jours de jeûne de Moïse sur le mont Sinaï et aux quarante jours passés par Jésus au désert après son baptême. Dans la Bible, le chiffre quarante symbolise toujours un temps d’épreuve, de purification et de préparation.

Le Concile de Nicée, en 325, mentionne pour la première fois ce temps de préparation pascale.À l’origine, le Carême préparait les catéchumènes au baptême lors de la Vigile pascale. Progressivement, l’Église a invité tous les fidèles à vivre ce temps comme un itinéraire de conversion. Le Carême se déploie en trois grandes étapes. Le temps du Carême (18 février- 29 mars).

Il met l’accent sur la conversion. La couleur liturgique est le violet. Le Gloria et l’Alléluia sont suspendus, instaurant une sobriété propice au recueillement.La Semaine Sainte (29 mars-2 avril). Elle commémore les derniers jours de Jésus : son entrée à Jérusalem, l’institution de l’Eucharistie, sa Passion, sa mort et sa mise au tombeau. La liturgie devient plus solennelle et dramatique.

Le Triduum pascal (2-5 avril), Il constitue le sommet de l’année liturgique. Jeudi Saint : Cène du Seigneur et lavement des pieds. Vendredi Saint : Office de la Passion et adoration de la Croix. Vigile pascale : Baptêmes des catéchumènes et célébration de la Résurrection. Pâques : Fête de la vie nouvelle.

Pourquoi on ne jeûne pas le dimanche

Revenant sur les quarante jours de jeûne, Abbé Roger Gomis rappelle que l’Église interdit de jeûner le dimanche et les jours de fête, même pendant le Carême. En effet, le dimanche est le jour de la Résurrection du Christ.« On ne peut pas jeûner ce jour, faire pénitence ou être dans la tristesse, car c’est le jour par excellence de l’action de grâce. Chaque dimanche, nous célébrons la mort et la résurrection du Christ », explique le prêtre.

De même, lors des solennités et des fêtes liturgiques, le jeûne est suspendu. C’est le cas notamment du 19 mars, fête de Saint Joseph, époux de Marie, et du 25 mars, fête de l’Annonciation. Bien que ces célébrations tombent durant le Carême, elles ne sont pas comptées comme jours de pénitence.

Le Jeudi Saint, en raison de la fête du sacerdoce et de l’institution de l’Eucharistie, n’est pas non plus un jour de jeûne pénitentiel.Terminant son propos, le prêtre invite les fidèles à respecter les consignes de l’Église : « Pendant vos temps de prière et vos neuvaines, si vous devez jeûner, tenez compte de ces consignes. Elles font partie de la Tradition de l’Église depuis les premiers siècles ».

Viviane DIATTA