INDÉPENDANCE FINANCIÈRE: Quand les femmes prennent le pouvoir par le business
Les femmes sont debout et avancent désormais comme un seul Homme. Elles savent où elles veulent aller. C’est pour cette raison qu’elles aspirent de plus en plus à l’indépendance financière, à travers de petits business florissants, souvent menés en parallèle avec les responsabilités du foyer.
Au XXIᵉ siècle, la gent féminine s’affirme davantage, devenant plus mature et responsable. Elle occupe aujourd’hui une place de choix dans l’espace commercial, notamment grâce aux réseaux sociaux et aux plateformes numériques, qui constituent de véritables leviers pour se bâtir des revenus stables.« Lou goor meune, djigueen meune nako ». Cet adage traditionnel prend aujourd’hui tout son sens. Femmes au foyer et jeunes filles sont désormais éveillées et engagées.
En cette période de vaches maigres, elles s’adonnent massivement aux activités commerciales : vente de produits esthétiques, d’habillement, de tenues traditionnelles, de vaisselle, de meubles, entre autres, afin de subvenir à leurs besoins.Face à la cherté de la vie, elles créent leurs petites entreprises avec les moyens du bord, parfois avec l’aide de leurs maris ou de leurs familles respectives. Pour mieux écouler leurs marchandises et gagner en visibilité, elles se tournent vers les réseaux sociaux tels que TikTok, Facebook et WhatsApp.
Ces braves dames y promeuvent l’entrepreneuriat féminin à travers des lives, mettant en valeur leurs produits pour toucher un maximum de clients. Certaines vont encore plus loin en participant à des foires commerciales. Elles travaillent dur pour s’en sortir avec dignité et n’ont rien à envier aux hommes, même si la concurrence, parfois rude et déloyale, est bien réelle entre femmes dans ce secteur.
Le petit commerce, un choix assumé
De nombreuses femmes préfèrent aujourd’hui le petit commerce aux emplois précaires au sein des entreprises. Julie Nzaly Kaly en est un exemple illustratif. Après plusieurs années passées dans la presse, elle a décidé de se lancer pleinement dans l’entrepreneuriat.
« Après un long travail, j’ai eu un riche carnet d’adresses. J’ai aussi ma propre clientèle et je fais des statuts sur WhatsApp. Elles me contactent à travers ce réseau social pour faire leur commande. Comme on dit, petit à petit l’oiseau fait son nid. Grâce à Dieu, j’ai ouvert ma boutique située aux Almadies 2, près de Sédima », explique la jeune maman.
Formée en journalisme et en communication, elle confie avoir travaillé dans plusieurs rédactions comme reporter. « Mais, à un moment donné, j’ai arrêté. Ce n’est pas à cause de ce business. Imagine, j’ai payé cher pour ma formation et j’ai fait deux ans dans une maison de presse sans être payée à temps. Tu peux rester neuf mois sans salaire. J’étais parfois découragée, mais ma mère m’encourageait à continuer. Un jour, je me suis réveillée et j’ai tout arrêté », raconte Mme Kaly, la voix chargée d’émotion.
Elle révèle également avoir fait un passage à l’APS, avant de marquer une pause. « Quelques temps après, j’ai eu un contrat au CNRA où j’ai travaillé neuf ans. Là aussi, ils parlaient de problème de budget », précise-t-elle.Après mûre réflexion, Julie Kaly décide alors de se consacrer pleinement à son commerce.
« Je me suis fait un nom et quand on liste les commerçantes les plus connues sur les réseaux sociaux, je ferai partie des 11 personnes », se réjouit-elle, tout en reconnaissant que cette activité est très convoitée par la gent féminine.Elle tient toutefois à clarifier : « J’ai fait le journalisme par amour, mais pas pour gagner de l’argent. Dans ce métier, à part le public, le privé ne paye pas. J’ai des besoins à satisfaire. J’ai une maman, des frères et sœurs qui comptent sur moi. Même s’ils ne me parlent pas de leurs problèmes, je dois les soutenir. Je ne peux pas toujours tendre la main à mon mari pour les transports ou les repas quotidiens ».
Avec lucidité, elle affirme ne pas regretter son choix. « Je ne dirai pas que j’ai gâché mon argent en faisant cette formation, parce que la vente est aussi une manière de communiquer avec les clients. Je m’y vois, il y a de l’évolution. Quand j’ai un besoin, je ne demande à personne, je le règle moi-même avec mon propre argent. Je ne suis dépendant de personne », confie-t-elle avec fierté.
Julie Kaly conclut avec philosophie : « C’est regrettable quand je pense que j’ai étudié quatre ans et que mon rêve de devenir journaliste s’est brisé. Tes propres sœurs t’en veulent parfois à cause de ta décision. Elles ne te disent rien en face, mais murmurent derrière toi. Dieu l’a décidé ainsi et je l’accepte. Il a déjà tracé mon destin. La plupart des gens m’ont connue à travers ce commerce, et je rends grâce à Dieu ».
Des femmes engagées, déterminées à réussir
Si les motivations diffèrent d’une femme à l’autre, toutes partagent la même conviction : réussir dans la vie grâce à leur propre gagne-pain. Roubiatou Fall, dite Néné, qui a fait ses études jusqu’en classe de Terminale, s’est lancée dans le commerce en 2022.« Je me suis lancée dans le business avec mes propres moyens, avec aussi le soutien de mon mari. J’avais une petite somme de 20 000 francs CFA. Avec ça, j’ai acheté quelques bagages. J’ai débuté avec le karité, des encens, des articles pour enfants, entre autres », explique-t-elle.
Constatant les avantages de cette activité, elle décide d’ouvrir une boutique chez elle. « Au moins, ça me permet de gagner quelque chose au lieu de rester sans rien faire. Surtout, j’ai gagné mon indépendance financière », dit-elle.Pour l’ouverture de sa boutique, Mme Fall confie avoir dû rénover le local. Elle déplore toutefois les difficultés liées au paiement des clients.
« Après le remboursement des dettes, je repars encore au marché pour acheter. Mais les clients payent tardivement et difficilement. Il est rare de voir certains payer comptant », regrette-t-elle.La passion transformée en gagne-painÉvoluant depuis plusieurs années dans la vente de beignets, Yacine Baal, mère de deux enfants et propriétaire de la marque DIAL, maîtrise parfaitement son activité.
« A la base, la pâtisserie est une passion chez moi. J’adore faire des petits fours et autres collations. Après l’arrêt de ma carrière professionnelle, j’ai décidé de me lancer dans la commercialisation des beignets et de la pâtisserie pour subvenir à mes besoins et à ceux de mes enfants », relate-t-elle.Résidant à Thiès, elle se consacre à cette activité à plein temps, du lundi au samedi.
« Machallah, c’est très rentable quand on en fait une activité exclusive avec une clientèle fidèle », se réjouit-elle.Pour elle, le travail doit être un credo partagé. « Homme comme femme, le travail doit être une valeur pour chaque frange de la société. La vie devient de plus en plus chère, donc chacun doit mettre la main à la pâte », conseille-t-elle.
Elle conclut : « Les femmes n’envient plus les hommes. Nous devons être autonomes, indépendantes, avoir nos propres revenus. Cela facilite l’évolution de chacun ».
Aïssatou Mbène COULIBALY

