CAN 2025 – RETROUVAILLES SENEGAL-ÉGYPTE EN DEMI-FINALE: Le duel qui ne finit jamais
Ils se connaissent par cœur désormais, se respectent autant qu’ils se redoutent. Mercredi à Tanger, le Sénégal et l’Égypte se retrouvent une nouvelle fois sur la route du titre continental. Trois ans après la finale de Yaoundé et le barrage du Mondial 2022, Lions et Pharaons rallument une rivalité devenue centrale dans le football africain moderne.
TANGER, Maroc – Il y a des affiches qui dépassent le simple cadre d’un match. Sénégal-Égypte est de celles-là. Une confrontation chargée d’histoire récente, de cicatrices encore visibles et de symboles puissants. Mercredi à Tanger, les deux géants africains se retrouvent en demi-finale de la CAN 2025, pour un remake assumé de la finale de 2022 et un nouvel épisode d’un duel qui structure désormais le paysage continental.
À Yaoundé, les Lions avaient écrit l’une des plus belles pages de leur histoire en dominant les Pharaons aux tirs au but (0-0, 4-2 tab) pour décrocher leur tout premier sacre continental. Une victoire fondatrice, libératrice, qui avait changé le statut du Sénégal. Quelques semaines plus tard, les mêmes adversaires se retrouvaient en barrages des éliminatoires de la Coupe du monde 2022. Rebelote : deux manches irrespirables (0-1, 1-0) conclues par une nouvelle séance de tirs au but, encore favorable aux Sénégalais (3-1). Depuis, l’Égypte cherche sa revanche.
L’Égypte, pragmatique et chirurgicale
Pour rallier le dernier carré de cette CAN 2025, les Pharaons ont avancé masqués. Bousculés en huitièmes par le Bénin, ils ont ensuite frappé un grand coup en éliminant la Côte d’Ivoire, tenante du titre, samedi au Grand stade d’Agadir (3-2). Une victoire construite avec un réalisme glaçant : trois buts inscrits sur quatre tirs cadrés. Solide derrière, létale en transition, la sélection égyptienne a affiché une maîtrise tactique redoutable.
« Nous ne sommes pas favoris, a prévenu Mohamed Salah (4 buts et une passe décisive dans cette CAN) au micro de Canal+. Le Sénégal a beaucoup de joueurs qui évoluent en Europe, comme nous. Ce sera un gros match. On va donner tout ce qu’on a dans le cœur ». Une déclaration humble, presque stratégique, à l’image de cette Égypte qui accepte de subir pour mieux frapper.
Le Sénégal, favori sous pression
En face, le Sénégal avance avec un statut à assumer. Champion d’Afrique en 2021, référence continentale depuis plusieurs années, le groupe dirigé par Pape Thiaw sait que chaque sortie est désormais jugée à l’aune de son héritage. Plus complet, plus dense dans toutes les lignes, le Sénégal s’appuie sur une ossature rodée, une puissance athlétique maîtrisée et une capacité à contrôler le tempo.
Avec une 3e demi-finale à jouer sur les 4 dernières éditions, la bande à Kalidou Koulibaly n’est pas en terrain inconnu. Une équipe sénégalaise qui dégage une force tranquille, un certain pragmatisme dans cette CAN (11 buts marqués pour seulement 2 encaissés en 5 matchs). Le Sénégal n’a plus besoin de dominer outrageusement pour s’imposer.Mais face à l’Égypte, les Lions savent que la domination territoriale ne garantit rien. Les Pharaons excellent dans l’art de fermer les espaces, de casser le rythme et de punir à la moindre transition. Le duel tactique s’annonce autant mental que stratégique.
Salah-Mané, le symbole
Ce Sénégal-Égypte sera aussi celui des retrouvailles entre Mohamed Salah et Sadio Mané, anciens complices de Liverpool, désormais adversaires continentaux. Deux leaders, deux Ballons d’Or africains, deux trajectoires entremêlées qui continuent d’écrire l’histoire du football africain, mais aussi les deux joueurs les plus décisifs en CAN sur les dix dernières années avec 10 buts et 9 passes décisives pour Mané contre 11 buts et 5 passes décisives pour Salah.
Leur duel dépasse les statistiques, même si l’histoire penche légèrement en faveur de l’Égypte : 15 confrontations, 7 victoires égyptiennes, 2 nuls, 6 succès sénégalais (9 buts à 7).Mercredi, à Tanger, le passé pèsera lourd. Mais seule comptera la capacité à écrire une nouvelle ligne dans cette rivalité devenue un classique. Entre la quête de revanche égyptienne et la volonté sénégalaise d’asseoir son règne, l’Afrique retient son souffle.
Mouhamed DIEDHIOU

