CAN 2025 -RENVERSANT FACE SOUDAN (3-1): Sénégal, l’art de se faire peur pour mieux régner
Menés après six minutes de jeu, bousculés dans leurs certitudes et parfois pris dans leur propre miroir, les Lions du Sénégal ont pourtant fini par imposer leur rang face à un Soudan audacieux (3-1). Un succès renversant, riche d’enseignements, qui envoie les champions d’Afrique en quarts de finale vendredi prochain face au Mali, sans dissiper tous les doutes.
TANGER, Maroc (Envoyé spécial) – Il y a des victoires qui rassurent et d’autres qui interrogent tout en qualifiant. Celle du Sénégal contre le Soudan appartient résolument à la seconde catégorie. Samedi soir, à Tanger, les Lions ont validé leur billet pour les quarts de finale de la CAN 2025, mais au terme d’un scénario qui rappelle que le costume de favori, en Afrique, gratte parfois plus qu’il ne protège.
Le coup de froid est arrivé très tôt. Trop tôt. À la 6e minute, Amir Abdallah, profitant d’une défense sénégalaise encore en rodage, a expédié une frappe enroulée magistrale dans la lucarne d’Édouard Mendy. Une action, une faille, un but. Le Soudan venait de rappeler au Sénégal que les matches à élimination directe n’avaient que faire des hiérarchies établies.
Les Faucons de Jedane, organisés en 4-4-2 compact et sans complexe, ont osé presser haut et jouer dans le dos d’une défense sénégalaise positionnée très haut… et pas toujours rapide au repli.Ballottés mais pas sonnés, les Lions ont mis une bonne vingtaine de minutes à entrer pleinement dans leur match, bien aidés par un Mendy attentif sur sa ligne sur cette frappe de Mohamed Eisa (24e) pour éviter le 2-0.
Trop d’imprécisions, un rythme haché, et cette impression persistante de marcher sur un fil. Il a fallu un éclair de lucidité, presque un acte de foi, pour remettre le Sénégal sur ses rails. À la 29e minute, Sadio Mané, plus passeur que finisseur dans cette CAN, a gratté un ballon précieux avant de servir Pape Gueye. La frappe croisée au sol du milieu sénégalais a remis les pendules à l’heure. Puis, juste avant la pause, le même Gueye, parfaitement trouvé par Nicolas Jackson après une transition plutôt bien menée, a signé un doublé libérateur (45+3’).
Des certitudes devant, des fissures derrière
Cette première période, à deux visages, a résumé les paradoxes sénégalais. Une capacité réelle à accélérer et à punir, mais aussi une fébrilité persistante dès que l’adversaire ose jouer sans complexe. Le retour des vestiaires a confirmé cette lecture. Le Soudan est revenu avec des intentions offensives, flirtant même avec l’égalisation sur un contre bien mené, sauvé par un Mendy vigilant.
Le Sénégal, lui, a parfois manqué de justesse dans le dernier geste, comme si la maîtrise restait encore une option, pas un réflexe.Il a fallu attendre l’entrée d’Ibrahim Mbaye à la 74e mn pour que le match bascule définitivement. À 17 ans et 344 jours, le sociétaire du PSG a inscrit le troisième but sénégalais trois minutes après son apparition, sur une passe en profondeur millimétrée de Mané, sa troisième décisive du tournoi. Un record de précocité (plus jeune buteur sénégalais de l’histoire de la CAN et plus jeune buteur de la compétition, toutes nationalités confondues, au 21e siècle) et un symbole fort : celui d’un Sénégal capable de se projeter vers l’avenir tout en s’appuyant sur ses cadres.
Le score final (3-1) dit l’essentiel sans toutefois raconter toute l’histoire d’une équipe du Sénégal qui affiche désormais un bilan impressionnant de dix buts inscrits pour seulement deux concédés en quatre sorties dans cette CAN. Le Soudan a, en effet, sans doute été l’équipe la plus décomplexée rencontrée par les Lions depuis le début du tournoi, celle qui a le mieux ciblé leurs zones de fragilité. Le Sénégal, lui, a répondu avec caractère, mais aussi avec des signaux d’alerte qu’un adversaire plus armé pourrait exploiter.
Vendredi, face au Mali, voisin rugueux et parfaitement conscient de ces failles, les Lions n’auront plus le luxe de démarrer à l’envers. Ce quart de finale sera un derby brûlant, peut-être le vrai test de cette CAN. En attendant, le Sénégal avance. En tremblant parfois, mais toujours debout. Et en Afrique, c’est souvent ce qui compte le plus.
Mouhamed DIEDHIOU

