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ORCHESTRA BAOBAB, L’ARBRE MILLÉNAIRE QUI RÉSISTE AU TEMPS: La nouvelle génération à la tête d’un mythe, la tradition en mouvement

Mythique et intemporel, Orchestra Baobab continue de défier les décennies. À l’image de l’arbre dont il porte le nom, le groupe résiste au temps, porté aujourd’hui par une nouvelle génération de musiciens qui a su reprendre le flambeau sans jamais trahir l’âme originelle de cette formation légendaire née à Dakar.

Héritiers d’une histoire musicale exceptionnelle, ces artistes incarnent un dialogue vivant entre mémoire et modernité. Là où leurs aînés ont posé les fondations d’un son unique mêlant afro-cubain, influences mandingues et élégance urbaine dakaroise, la relève actuelle affirme une direction à la fois respectueuse et audacieuse. Elle ne cherche pas à imiter, mais à prolonger.

Chaque note, chaque arrangement témoigne d’un profond respect pour les pionniers, tout en intégrant une sensibilité contemporaine, ouverte au monde et aux évolutions musicales actuelles.

Une résistance culturelle assumée

Dans un paysage musical souvent dominé par l’éphémère, cette jeunesse à la tête d’Orchestra Baobab fait le choix de la patience, de la rigueur et de la transmission. Elle prouve que la longévité n’est pas synonyme de nostalgie, mais bien une force créative. Le groupe demeure ainsi un symbole de continuité, un pont entre les générations, un espace où le passé éclaire l’avenir.Orchestra Baobab ne survit pas : il avance. Grâce à cette relève engagée et à la présence de quelques « derniers mohicans », le mythe se renouvelle, fidèle à ses racines et résolument tourné vers demain. Un drapeau culturel que le groupe continue de porter sur les scènes africaines et européennes.

Le baobab, symbole culturel et musical

Au-delà du nom, le baobab est un symbole fort dans la culture africaine, et tout particulièrement dans l’univers musical. Comme l’arbre millénaire, Orchestra Baobab a traversé les âges, résisté aux vents contraires et continue de donner des fruits grâce à une relève assurée par la jeunesse.Il est donc nécessaire de rafraîchir la mémoire, notamment auprès de la génération nostalgique des années 1960 et 1970, bercée par les grandes mélodies afro-cubaines qui ont façonné l’identité sonore du groupe.

Aux origines d’un orchestre mythique

Orchestra Baobab voit le jour à la fin des années 1960, dans un contexte marqué par l’effervescence culturelle post-Festival mondial des arts nègres de 1966, organisé à Dakar sous l’impulsion du président Léopold Sédar Senghor.À cette époque, une jeune génération de musiciens anime les clubs de la capitale. L’histoire commence lorsque des musiciens, alors en poste au Miami – une boîte réputée pour la musique cubaine – sont recrutés pour animer un nouveau club baptisé Le Baobab. L’orchestre prendra naturellement le nom de ce lieu devenu mythique.

Selon le journaliste culturel Mamadou Fadel Lo, Orchestra Baobab est officiellement créé en 1969 par Adrien Senghor et ses amis. « C’est au sein de cette boîte de nuit que l’orchestre se produisait régulièrement avant d’adopter définitivement le nom du lieu », explique-t-il.Le premier chef d’orchestre fut le saxophoniste Oumar Barro Ndiaye. Dès ses débuts, Baobab se distingue par une approche originale mêlant enracinement et ouverture. Il est alors le seul orchestre à intégrer une forte dimension traditionnelle, assurée par des chanteurs comme Abdoulaye Mboup, Ndiouga Dieng, puis Thione Seck.

Pendant que Rudy Gomis et Médoune Diallo chantent en espagnol, Balla Sidibé s’exprime en mandingue. Pour affirmer davantage cet ancrage culturel, le groupe ajoute plus tard la mention « Gouy-Gui » à son nom.

Le baobab chanté comme un totem

Vers 1977, dans le morceau Foire internationale, feu Ndiouga Dieng exalte les vertus du baobab, arbre aux multiples usages : feuilles utilisées en cuisine, fruit transformé en jus, écorce servant à des décoctions médicinales. Une métaphore puissante d’un arbre symbolique et totémique, à l’image du groupe.Au début des années 2000, lors du grand retour international orchestré avec le producteur Nick Gold, Assane Mboup revisite « Ndëlenlëng » de Thione Seck – « Gouy-gui mak bi nieuwetina » – pour célébrer une fois encore cet arbre millénaire.Dans un entretien accordé au journal Le Monde en novembre 2007, Thierno Koité résumait parfaitement l’esprit du groupe : « On nous croyait morts, mais un baobab ne meurt jamais. Même desséché, il refait des jeunes pousses et renaît ».

Adama AIDARA

Hommage aux figures disparues d’Orchestra BaobabAu fil des décennies, Orchestra Baobab a perdu plusieurs de ses piliers, artisans majeurs de son identité musicale et de son rayonnement international. Leur héritage continue de résonner dans chaque note du groupe.

Balla Sidibé : Fondateur, chanteur, percussionniste et compositeur,Décédé le 29 juillet 2020 à Dakar, à l’âge de 78 ans.

Issa Cissokho : Saxophoniste et compositeur. Décédé le 24 mars 2019, à 72 ans.

Ndiouga Dieng : Chanteur et conguero, vocaliste historique,Décédé le 10 novembre 2016.

Thione Ballago Seck : Ancien chanteur de l’orchestre,Décédé en 2021, à l’âge de 66 ans.

Barthélémy Attisso : Guitariste légendaire d’origine Togolaise décédé le 29 août 2021, à 76 ans.

Rudy Gomis : Chanteur, membre fondateur et pilier du groupe Décédé le 27 avril 2022, à environ 75 ans.

Adama AIDARA