JEUX AFRICAINS DE LA JEUNESSE: Bras de fer au sommet entre le CNOSS et le ministère des Sports
Entre forfait annoncé, démenti cinglant et accusations croisées, la participation du Sénégal aux Jeux Africains de la Jeunesse (JAJ) vire à la crise institutionnelle. À moins d’un an des JOJ 2026, l’épisode expose crûment les tensions qui minent la gouvernance sportive nationale.
Le Sénégal a-t-il réellement déclaré forfait pour les Jeux Africains de la Jeunesse (10-20 décembre, Angola) ? La question aurait pu sembler réglée après l’annonce du Comité National Olympique Sportif Sénégalais (CNOSS), qui a officiellement acté l’absence de la délégation sénégalaise à Bengo et Luanda.
Une décision accueillie avec stupéfaction par les fédérations, d’autant que ce rendez-vous constituait une étape cruciale dans la préparation des jeunes athlètes à moins d’un an des Jeux olympiques de la jeunesse organisés à Dakar.Mais, selon le quotidien « L’Observateur », qui a livré l’information ce jeudi matin, le Comité olympique ne serait pas à l’origine de ce forfait, pointant plutôt du doigt le ministère des Sports.
Sur la RFM, le chargé de mission des Jeux Olympiques de la Jeunesse et ancien international de taekwondo, Balla Diéye, a abondé dans le même sens, précisant que le problème ne vient nullement du CNOSS, mais plutôt d’un ministère « qui ne sait pas où il va ». Une version qui a enflammé les réseaux et déclenché la colère des techniciens, avant que le ministère ne contre-attaque dans la soirée par un communiqué au vitriol, rejetant toute responsabilité.
Dès les premières lignes, le ton est donné : « Des informations non fondées ont été distillées ce matin sur un forfait du Sénégal aux Jeux africains de la Jeunesse ». Le ministère affirme que « les jeunes athlètes sénégalais participeront bel et bien à ces Jeux » avec des départs prévus « à partir du vendredi 12 décembre ».
Le communiqué précise encore que « malgré l’absence d’arbitrage budgétaire » pour plusieurs compétitions internationales, la ministre a « tenu à faire participer les athlètes sénégalais » grâce à un réaménagement des crédits. Le texte rappelle également que « trois séances de travail » ont été tenues avec le CNOSS, qu’une décision datée du 8 décembre a « arrêté la délégation du Sénégal », et que le ministère a déjà « réceptionné la commande des équipements généraux ».
La gouvernance sportive au cœur de la polémique
Le ministère affirme que c’est « dans l’attente de la communication des plans de vol pour la commande des billets d’avion » que des informations erronées ont circulé dans la presse. Et l’attaque se poursuit : « Cette attitude inattendue du CNOSS intervient dans un contexte marqué par la demande de Madame le Ministre de la Jeunesse et des Sports de procéder au renouvellement du mandat du CNOSS qui arrive à expiration à la fin du mois de décembre 2025.
Ceci conformément à sa démarche d’instaurer une gouvernance exemplaire dans les associations sportives, qui commence par le respect des mandats ». Une manière de souligner un bras de fer institutionnel loin d’être neutre.
Avant d’ajouter : « Le ministère encourage toutes les fédérations qui ont bien voulu collaborer en envoyant les informations sur leurs dates de compétition, les noms et copies des passeports de leurs athlètes ainsi que les références de leurs coordonnées bancaires pour le paiement des primes, conformément à la nouvelle doctrine instaurée par les nouvelles autorités en matière de gestion des ressources publiques.
Le ministère reste concentré sur la défense exclusive de l’intérêt des sportifs sénégalais, des jeunes athlètes en particulier, en direction des JOJ ».
Par ailleurs, les directeurs techniques des Fédérations concernées par ces JAJ ont été convoqués ce jeudi matin pour une réunion d’urgence à l’issue de laquelle une liste officielle des athlètes devant rallier Luanda a finalement été arrêtée.
Reste que ce choc frontal entre institutions, à la veille d’un rendez-vous continental, secoue une gouvernance déjà fragile. Et rappelle que, pour briller aux JOJ « Dakar 2026 », le Sénégal devra d’abord mettre de l’ordre dans sa maison.
Mouhamed DIEDHIOU

