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LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA: Au Sénégal, 47 000 personnes vivent avec le virus dont 2 500 enfants

Le Sénégal enregistre des avancées significatives dans la lutte contre le VIH/Sida, avec un taux de prévalence stabilisé à 0,3%. Mais derrière ces progrès, les acteurs tirent la sonnette d’alarme : la réduction des financements, tant internes qu’extérieurs, risque de compromettre les acquis.Ces inquiétudes ont été exprimées, hier, lors de la célébration de la Journée mondiale de lutte contre le VIH/Sida.

Selon la Secrétaire exécutive du Conseil national de Lutte contre le Sida (CNLS), Dr Safiatou Thiam, l’épidémie est globalement en baisse. Ainsi, 47 000 personnes vivent aujourd’hui avec le VIH au Sénégal, dont 2 500 enfants. Les nouvelles infections diminuent. Les décès liés au Sida reculent également.

« Cependant, nuance-t-elle, des défis demeurent. Les nouvelles infections, nous avons remarqué qu’elles baissent dans toutes les tranches d’âge, sauf les tranches d’âge entre 24 et 45 ans. C’est la tranche d’âge de la population active ».Elle note aussi des progrès insuffisants concernant la transmission mère-enfant.

« Nous avons fait beaucoup d’efforts dans la mise sous traitement des enfants, mais il existe encore des enfants qui naissent avec le VIH au Sénégal. Et cela ne devrait plus exister, nous devons éliminer la transmission mère-enfant du VIH », estime-t-elle.

85% des personnes vivant avec le VIH sont sous traitement, mais la stigmatisation persiste

Le dépistage et l’accès aux traitements progressent. « 85% des patients, c’est 47 000 personnes, qui sont dépistés et sont mis sous traitement. Mais il reste 15% de personnes difficiles à atteindre, souvent en raison de la stigmatisation, déplore Dr Thiam. Nous savons qu’il faut mettre en place des services de dépistage et de traitement qui respectent les droits humains, qui ne favorisent pas la stigmatisation et la discrimination pour convaincre ces personnes à venir se faire dépister et prendre le traitement ».

Au-delà des enjeux sociaux, les défis sont aussi programmatiques. « Les défis que nous avons ici au Sénégal dans la lutte contre le Sida sont d’ordre programmatiques et d’ordre financières », ajoute-elle.

Le spectre d’une résurgence du virus

La Secrétaire exécutive alerte sur un risque majeur. « Nous craignons que les nouvelles infections reprennent et que les personnes qui doivent être mises sous traitement ne soient plus traitées. Donc ça, ce sera un retour du Sida et le monde ne supportera pas un retour du VIH », avertit le Dr Thiam.Elle rappelle que « même les partenaires historiques – Fonds mondial, ONU Sida, OMS – subissent les effets de la baisse de l’aide internationale ».

« Heureusement, précise-t-elle, au Sénégal, les traitements sont payés par le gouvernement et le Fonds mondial ».Mais que se passera-t-il si ces soutiens diminuent encore ? « Ce que nous craignons, c’est que si l’aide pour le Fonds mondial s’arrête, qu’on ait un arrêt ou en tout cas un arrêt d’une partie des traitements pour le Sida », s’inquiète-t-elle.Elle recommande alors de « faire plus appel à nos financements domestiques.

Il faudrait plus réfléchir à des financements innovants. Mais il faut transformer notre système de financement pour mettre en place un système d’investissement pour avoir des résultats durables à long terme ».

Le ministère de la Santé rassure

Présidant la cérémonie, le Directeur de cabinet du ministre de la Santé, Dr Samba Cor Sarr, reconnaît lui aussi la gravité de la crise de financement. Il reste toutefois optimiste. « Les ressources, elles ne peuvent pas être déstabilisées, parce que celui qui donnait les ressources a dit que j’arrête ou je suis fatigué », dit-il.« Je suis persuadé que si nous utilisons le capital expérientiel de ceux qui ont été toujours là pour lutter contre le VIH, nous pouvons être sûrs que des solutions vont rapidement être trouvées pour oublier définitivement ce facteur de dysfonctionnement », selon lui.

Il insiste sur l’importance du leadership politique. « Le leadership politique reste primordial pour faire avancer les dynamiques et s’attaquer aux inégalités structurelles afin de protéger particulièrement les populations vulnérables », souligne le Dr Sarr.Enfin, il appelle à renforcer l’accès équitable aux soins. « Des solutions transformatrices sont nécessaires pour améliorer l’accès aux services de lutte contre le VIH, éliminer la stigmatisation et la discrimination une fois pour toutes et garantir la protection des droits des personnes vivant avec le VIH », termine-t-il.

Viviane DIATTA