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PODOR : CAMPAGNE HIVERNALE RIZICOLE 2025: 160 000 tonnes attendues… mais l’hivernage expose l’extrême fragilité des périmètres

Malgré des rendements jugés globalement satisfaisants, la campagne hivernale rizicole 2025 a été marquée par des inondations qui ont lourdement endommagé les aménagements agricoles. Producteurs et techniciens de la SAED dressent un bilan contrasté et appellent à une réhabilitation urgente des périmètres irrigués pour sauver la prochaine saison.

La campagne hivernale rizicole 2025 vient d’être clôturée dans la vallée du fleuve Sénégal. Interrogés par L’Informé, les producteurs ainsi que les techniciens de la SAED révèlent qu’environ 2 000 hectares de riz ont été engloutis par les eaux, mais malgré ces pertes, près de 160 000 tonnes de riz sont attendues à l’échelle de la vallée.

Dans le département de Podor, les fortes pluies ont profondément affecté les infrastructures agricoles : réseaux d’irrigation, diguettes et digues, systèmes de drainage. Ces installations, souvent vieillissantes, ont subi de lourds dégâts, entraînant une baisse notable des superficies exploitées et un ralentissement des activités.

« Le principal problème, c’est l’état des aménagements. Beaucoup sont détruits et doivent être entièrement repris », rappelle Yaya Oumar Aw, président de l’union des GIE de producteurs de riz de Guédé Village.Selon M. Aw, le département dispose d’un potentiel d’environ 130 000 hectares aménageables, mais seules 40 000 à 80 000 hectares sont réellement exploités par campagne.

Certains périmètres sont même complètement à l’arrêt. Il cite l’exemple frappant des 600 hectares de Saldé-Walla, aujourd’hui totalement inopérationnels « faute de soutien financier, de gestion et de maintenance ». Pour lui, « l’accès au financement reste le principal blocage ».

Production : entre bons rendements et risques phytosanitaires

M. Aw estime que la production totale peut monter jusqu’à 303 933 tonnes de paddy, dans un scénario favorable. Cependant, il alerte sur la recrudescence des maladies, des invasions d’insectes et des risques phytosanitaires amplifiés par l’hivernage. Des facteurs susceptibles de faire chuter les rendements et d’impacter négativement la campagne horticole en préparation.

Dans plusieurs localités, comme Diattar, Donaye, Fanaye, Guédé, Aéré Lao, les producteurs sont déjà engagés dans le repiquage, les façons culturales et la mise en place des pépinières d’oignon et de tomate. La prochaine campagne rizicole, elle, devrait débuter fin février, à condition que les financements soient débloqués à temps, notamment les subventions d’intrants et les crédits auprès de la LBA et des institutions de microfinance. Les producteurs insistent : « Sans réhabilitation des aménagements, la saison sera compromise. Seul l’État peut intervenir rapidement »

.Un potentiel irrigable de 240 000 hectares

Selon Abou Sall, Directeur du Développement et de l’Appui aux Collectivités territoriales de la Société d’aménagement et d’exploitation du delta (SAED), le potentiel irrigable de la vallée atteint 240 000 hectares, dont 130 000 hectares déjà aménagés.

La vallée réalise chaque année trois campagnes. Une saison sèche chaude (SSC) de février à juin (riz, horticulture). Une en hivernage pour le riz, le maïs et le maraîchage. Une saison sèche froide, d’octobre à février-mars (maïs, oignon, tomate, gombo, piment…).

Le riz reste la culture dominante, suivi de l’oignon et de la tomate.Pour l’hivernage 2025-2026, 29 323 hectares ont été emblavés, dont 27 256 hectares en riz, soit une progression de 2 275 hectares par rapport à la campagne précédente.Durant la contre-saison chaude 2025, 46 061 hectares de riz avaient été cultivés pour une production de 303 933 tonnes de paddy. La saison sèche froide vient quant à elle de démarrer : 1 720 hectares sont déjà en culture sur un objectif de plus de 20 000 hectares.

Rendements attendus : 160 000 tonnes de paddy

Les premiers résultats de l’hivernage affichent des rendements supérieurs à 6 tonnes/ha dans certains casiers. D’où une projection optimiste de 160 000 tonnes de paddy pour cette campagne. Selon M. Sall, « ces performances s’expliquent par la discipline des producteurs, le respect du calendrier cultural, la disponibilité des engrais, la lutte aviaire renforcée et le programme de maintenance de la SAED qui a amélioré l’accès à l’eau ».

Le responsable de la SAED annonce « une très grande contre-saison en préparation. Les réunions techniques se multiplient, et les producteurs sont déjà fortement engagés. Les récentes mesures de l’État sur la commercialisation du riz devraient également stimuler l’investissement des exploitants ».

Mariem DIA