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FOOT : BRESIL-SENEGAL: L’amical qui tourne au fiasco logistique

Arrivée tardive au stade, préparation expédiée, atmosphère désordonnée autour de la tanière… Plus que la défaite, c’est l’organisation défaillante de la Fédération Sénégalaise de football (FSF) qui fait débat, révélant des dysfonctionnements inquiétants.Un retard qui en dit long.

Samedi après-midi, à l’Emirates Stadium de Londres, les Lions du Sénégal n’ont pas seulement perdu (2-0) contre un Brésil revanchard, ils ont d’abord perdu la bataille de l’organisation. Arrivée du bus à seulement quarante minutes du coup d’envoi, échauffement bâclé, joueurs au pas de course sur la pelouse pendant que la Seleção terminait le sien…

L’image a fait grincer des dents. Et elle interroge, encore, sur la gouvernance de la Fédération sénégalaise de football (FSF).Le protocole est pourtant immuable. Une équipe nationale doit atteindre le stade environ deux heures avant la rencontre. Les Lions, eux, n’y sont parvenus qu’à l’extrême limite.

Selon des supporters présents à l’Emirates, Sadio Mané et ses coéquipiers ont pénétré sur la pelouse alors que les Brésiliens en étaient déjà au stretching final. Les organisateurs ont été intransigeants et n’ont pas voulu décaler l’heure du coup d’envoi. Les arbitres ont alors même sommé les coéquipiers de Kalidou Koulibaly de stopper l’échauffement, faute de temps.

Le symbole d’un empressement généralisé qui s’est ressenti dès le coup d’envoi avec des Lions étouffés, dépassés par une Seleção plus prête, plus sereine.Le bus sénégalais, accueilli par une foule compacte, est arrivé sans escorte, comme celui du Brésil. Mais la Seleção aurait bénéficié d’un hébergement plus proche. Suffisant pour expliquer ce retard ? Pas totalement.

En conférence de presse, le sélectionneur n’a pas masqué son agacement. « Nous sommes arrivés à seulement 40 minutes du match. Le temps pour se préparer n’a pas été idéal. Les embouteillages et l’éloignement de l’hôtel nous ont pénalisés », a pesté Pape Thiaw. Avant de tancer les organisateurs pour un favoritisme envers le Brésil : « Les organisateurs ne nous ont pas respectés. Ils nous avaient dit que les deux équipes n’avaient pas le droit de s’entraîner sur la pelouse la veille du match. Mais le Brésil s’est entraîné sur cette même pelouse et nous non. C’est du manque de respect et je voulais le dénoncer ».

Sur X, le journaliste de BBC Afrique, Babacar Ndaw Faye, a confirmé le gros retard des Lions. « L’équipe est arrivée environ 40 minutes avant le match. Un agent avec qui on discutait au moment de l’arrivée du bus nous a dit qu’en deux ans de service dans ce stade, c’est la première fois qu’il voyait un retard aussi important », a-t-il témoigné.

Ambiance « Club Med » à l’hôtel

L’hôtel des Lions, le Chelsea Harbour Hotel & Spa, se situe à plus de 13 kilomètres de l’Emirates. D’après une source proche de la sélection, le retard s’est joué dès le départ. Les joueurs ont dû charger eux-mêmes valises et autres effets dans la soute du bus, comme le montrent plusieurs vidéos virales. Une scène difficile à concevoir pour une sélection de premier plan.

Londres, avec ses embouteillages de toutes les grandes capitales surtout un samedi après-midi, s’est chargé du reste.Pire, le réceptif des Lions a été pris d’assaut par influenceurs et chasseurs d’autographes installés sur place toute la journée. Une ambiance de « Club Med », selon plusieurs témoins, loin de la rigueur imposée à l’époque d’Aliou Cissé.

L’impression d’un laisser-aller généralisé, d’un environnement devenu poreux, où trop de monde gravite autour de l’équipe.Ce n’est pas un incident isolé. Car, en juin déjà, pour un amical contre l’Angleterre, le Sénégal était arrivé en retard au stade. Le même problème se répète, signe d’un manque criard d’anticipation. Pourtant, une bonne partie du Comex de la FSF avait fait le déplacement dans la capitale anglaise, tout comme plusieurs autres membres qui devraient intégrer des commissions d’ici peu. Mais la présence n’est pas la compétence.

À cela s’ajoute un contexte interne fragile avec la polémique de l’équipe digitale laissée à Dakar, remplacée à la dernière minute par un photographe basé à Paris. Tout cela a exposé une FSF qui enchaîne les faux pas.

Après la cacophonie du match contre le Soudan, l’augmentation contestée des prix des billets contre la Mauritanie et la communication maladroite d’Abdoulaye Fall, ce retard londonien résonne comme un nouvel avertissement.

À près d’un mois de la CAN 2025, l’environnement des Lions paraît de plus en plus toxique. Gouverner, c’est anticiper. Le Sénégal ne l’a pas fait. Et l’addition, sportive et symbolique, commence à devenir salée.

Mouhamed DIEDHIOU