International

Le président syrien Ahmed al-Charaa en visite historique à Washington

Le président intérimaire syrien Ahmed al-Charaa entame sa visite officielle inédite à Washington, au cours de laquelle il doit être reçu lundi 10 novembre à la Maison Blanche par Donald Trump, consacrant l’alliance de l’ancien jihadiste avec les États-Unis.
Il s’agit de la première visite bilatérale d’un chef d’État syrien aux États-Unis depuis l’indépendance du pays en 1946. La visite du dirigeant syrien intervient au lendemain de son retrait de la liste noire américaine du terrorisme, dans la foulée de la levée des sanctions contre Ahmed al-Charaa par le Conseil de sécurité de l’ONU. À la tête d’une coalition islamiste, il a renversé le dirigeant de longue date Bachar el-Assad en décembre 2024, mettant fin à une guerre civile de plus de 13 ans.

Selon les médias officiels syriens, Ahmed al-Charaa est arrivé à Washington samedi 8 novembre et a rencontré des représentants des organisations syriennes dans la capitale fédérale. Lors de sa visite, il devrait signer un accord pour rejoindre la coalition anti-jihadiste menée par les États-Unis, selon l’émissaire américain pour la Syrie, Tom Barrack.

Rencontre avec Donald Trump

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, qui accompagne Ahmed al-Charaa, a mis en ligne samedi une vidéo tournée avant le voyage illustrant le réchauffement des relations avec les États-Unis. On y voit les deux hommes échangeant des passes de basket-ball avec le commandant des forces américaines aux Moyen-Orient, Brad Cooper, ainsi qu’avec le chef de la coalition internationale anti-jihadiste, Kevin Lambert.

Le groupe jihadiste État Islamique (EI) avait été défait militairement en 2019 en Syrie par la coalition et les Forces démocratiques syriennes (FDS), conduites par les Kurdes, qui négocient actuellement leur intégration dans l’armée syrienne. Les États-Unis prévoient pour leur part d’établir une base militaire près de Damas, a indiqué à l’AFP une source diplomatique en Syrie.

Le ministère syrien de l’Intérieur a annoncé samedi avoir mené 61 raids et procédé à 71 arrestations dans une « campagne proactive pour neutraliser la menace que représente l’EI », selon l’agence officielle Sana. Ces raids ont eu lieu notamment dans les secteurs d’Alep, d’Idlib, de Hama, de Homs, de Deir ez-Zor, de Raqqa et de Damas, où demeurent des cellules dormantes de l’organisation, a-t-il été précisé.

Levée des sanctions américaines contre la Syrie

Jeudi, le Conseil de sécurité de l’ONU avait levé les sanctions contre Ahmed al-Charaa, saluant dans une résolution préparée par les États-Unis l’engagement des nouvelles autorités à « lutter contre le terrorisme ». Ahmed al-Charaa dirigeait il y a un an encore le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS), l’ancienne branche syrienne d’Al-Qaïda. Mais dès sa prise du pouvoir, il a clairement rompu avec son passé jihadiste, multipliant les ouvertures vers l’Occident et les pays de la région, notamment les riches monarchies arabes. Il a aussi engagé des négociations avec Israël, pays avec lequel la Syrie est théoriquement en état de guerre.

Donald Trump avait déjà rencontré le dirigeant syrien lors d’un voyage dans le Golfe en mai et avait annoncé la levée des sanctions américaines contre la Syrie. Les deux hommes doivent également évoquer les négociations avec Israël et la reconstruction de la Syrie, un chantier dont le coût pourrait dépasser les 216 milliards de dollars (187 milliards d’euros), selon la Banque mondiale. Le président américain avait pressé en mai le dirigeant syrien de rejoindre les accords d’Abraham, qui ont acté en 2020 la reconnaissance d’Israël par plusieurs pays arabes.