BACARY DOMINGO MANÉ ANALYSE LA DECLARATION D’OUSMANE SONKO: « Cette sortie de Sonko a suffi pour qu’on ne parle plus de Macky »
L’analyste politique et journaliste, Bacary Domingo Mané, décrypte la prise de parole d’Ousmane Sonko, samedi soir. Pour lui, cette annonce du meeting du 8 novembre n’est pas anodine. Elle marque le retour du chef de Pastef au centre du jeu, relègue Macky Sall à l’arrière-plan et révèle, en filigrane, les tensions sous-jacentes avec le Président Bassirou Diomaye Faye.
Quelle lecture faite vous de la sortie d’Ousmane Sonko ?
Cette sortie, disons, est a mettre au rang de toutes les sorties qu’Ousmane Sonko a l’habitude de faire. Ces sorties sont souvent dictées par les éléments de contexte. C’est la même chose ici. Le contexte a déterminé sa sortie, même si l’essentiel du message est un rendez-vous qu’il a fixé avec les Sénégalais pour le 8 novembre. Il a voulu marquer sa présence dans l’espace public sénégalais, parce qu’à un moment donné, il avait observé le silence et surtout par rapport à un certain nombre de dossiers soulevés par les opposants, notamment la question des rapports cachés. Avec les sorties récurrentes de Macky Sall, et l’arrestation, puis la libération de seconds couteaux, c’est autant de choses sur lesquelles on n’a pas entendu le PM et surtout, disons, le président de Parti Pastef. Il a donné rendez-vous aux Sénégalais le 8 novembre et a dit que c’est une date déterminante. Puisqu’elle va marquer l’avant, le pendant et l’après 8 novembre. Attendons le 8 novembre. Mais l’un dans l’autre, il a voulu donner beaucoup plus de poids à ce qu’il va dire au Sénégal et surtout donner l’envie aux Sénégalais de découvrir ce qu’il va dire.Pour moi, c’est à mettre dans le registre, la façon de communiquer d’Ousmane Sonko qui, justement, a l’habitude, selon les contextes, à s’exprimer devant les Sénégalais, à apporter des informations, à clarifier.
Est-ce que ce n’est pas juste un moyen de reprendre la main sur la scène politique ?
Effectivement. Vous savez, en communication politique, on dit souvent que le silence équivaut à un moment donné à la mort. Quand on ne t’entend pas, les gens t’oublient. Donc, cela ne veut pas dire non plus qu’il faut parler à toute voix. Ce n’est pas ça le fond du problème. Ousmane Sonko est le maître du jeu de la scène politique sénégalaise. La preuve, lorsqu’il prend la parole, tout le reste, vraiment, les gens l’oublient. Et les gens commentent les propos d’Ousmane Sonko. Depuis un certain temps, on a remarqué que Macky Sall était en train d’occuper la scène politique. Il tirait les ficelles des seconds couteaux qui étaient là, avec les avocats, Olivier Sure et les autres, qui ont fait une conférence de presse pour réclamer des rapports sur la dette cachée. Il y a aussi Pape Malick Ndour qui s’est fait arrêter, ensuite relâché. Sans compter les commentaires sur les rapports entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye. Je pense qu’il fallait faire cette sortie pour tuer, entre guillemets, j’allais dire, briser le rayonnement de Macky Sall sur la scène publique et, notamment sur la scène médiatique. Cette sortie, de Sonko pour annoncer simplement le rendez-vous du 8 novembre a suffi pour qu’on ne parle plus de Macky Sall et de ses secondes couteaux.
Aujourd’hui, les gens parlent d’Ousmane Sonko. Et ce qui est stratégique dans la communication d’Ousmane Sonko, c’est qu’il pouvait dire ce qu’il a à dire, mais pourquoi il diffère ça ?
C’est pour donner beaucoup plus envie aux Sénégalais de découvrir ce qu’il va dire le 8 novembre. C’est pour cela qu’il a dit qu’il y aura un avant, un pendant et un après 8 novembre. Il donne encore cette envie des Sénégalais de découvrir ce qu’il a à dire. Surtout, cette annonce est précédée de la rencontre qu’il a eue, n’est-ce pas, avec le député. Voilà. Aujourd’hui, Ousmane Sonko est parvenu à taire les voix ne cessait de divertir le peuple sénégalais.
À quoi peut-on s’attendre le 8 novembre ?
Je pense qu’il a déjà donné les grands traits de son discours. C’est qu’il dit qu’il va parler des rapports, de l’État et de Pastef. Il va parler de la gestion d’un certain nombre de dossiers et, certainement aussi, disons, de ses rapports avec le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye. Il donne ainsi les grandes lignes de ce qu’il va dire, sans entrer dans les détails. Et ça, c’est ce qui est intéressant. Tout le monde sait que, évidemment, les rapports ne sont plus ceux qu’ils étaient entre Diomaye et Sonko, ça c’est clair. Du fait que le Président semble privilégier les vaincus, disons, au détriment des vainqueurs eux-mêmes. Vous allez voir dans les nominations, dans les ambassades, personne n’a été relevé, pratiquement, c’est les mêmes personnes qui sont restés. Donc, à certains strates de l’administration, c’est la même chose. Autant de choses qui font que les rapports entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye ne sont pas tellement au beau fixe, ça aussi, il faut le dire. Je pense que le 8 novembre, il y a beaucoup de Sénégalais qui attendent qu’ils clarifient ces rapports-là.
Est-ce qu’il va rester ? Est-ce qu’il va être démis ? Est-ce qu’il va perdre l’occasion s’il n’est pas démis avant même le 8 novembre ? Est-ce que c’est quelqu’un qui va démissionner et qu’on sort ? Ou bien c’est quelqu’un qui veut pousser le Président à prendre ses responsabilités en le démettant de ses fonctions ?
Ce qui est intéressant, c’est qu’il annonce aux Sénégalais en disant, certes, même si Bassirou Diomaye Faye venait à me démerder de mes fonctions de Premier ministre, moi je ne vais pas quitter, parce que j’ai aussi participé à ma manière à la victoire de ce projet. Je pense que les grands axes, il les a définis. Et maintenant, c’est les détails que les gens attendent. Et c’est ça qui est intéressant, c’est ça qui est stratégique. Chacun voudrait savoir ce qu’il va dire, notamment dans la gestion des dossiers, l’orientation qu’il va donner au parti Pastef, pour qu’il demeure un grand parti.
Pensez-vous vraiment, comme certains l’avancent, qu’il y a un différend entre Sonko et Diomaye ?
Oui, ça, il faut le dire. Les différends existent selon la gestion de certains dossiers. On sait que le Président et le Premier ministre n’étaient pas d’accord sur certaines nominations, surtout des personnes qui avaient été inquiétées en 2024, mais qui reviennent du fait des décisions de nomination du président de la République. Sur ce plan-là, il y a eu des divergences. Il y a eu des divergences sur la façon de faire, sur la conception même de la gestion du pouvoir. Le Président Bassirou Diomaye Faye semble donner la priorité à ce qu’il appelle la réconciliation, alors qu’avant toute réconciliation, il faut d’abord la vérité. Dans la gestion même des jeunes qui ont perdu la vie lors des événements, on constate que le Président ne fait absolument rien sur ce plan, et je pense que cela peut aussi être un point de discorde entre les deux hommes. Dire qu’il n’y a pas de problème, qu’il n’y a pas de différends entre eux, ce n’est pas dire la vérité. Maintenant, ces différends ne signifient pas qu’ils ne vont pas cheminer ensemble. Non, ils vont cheminer ensemble, ils cheminent ensemble, même si, de temps en temps, ces problèmes-là ressurgissent. C’est ça aussi, la vérité.
Mame Ndella FAYE

