LA CHRONIQUE DE MLD: Sonko va challenger le secteur privé.Par Mamadou Lamine DIATTA
Le forum Invest in Sénégal a donc vécu. Il faut d’emblée analyser avec le recul qui sied l’adresse du Premier ministre Ousmane Sonko à l’endroit du secteur privé sénégalais. «Le temps de l’audace est venu. Ne restez pas spectateurs d’un monde qui bouge. Soyez les bâtisseurs de l’économie de demain. Nouez des alliances stratégiques. Exportez votre savoir-faire. Etendez vos chaînes de valeur au-delà de nos frontières». Des propos qu’on peut apprécier à l’aune d’un véritable ordre de mission pour des privés nationaux qui devraient faire leur mue et mieux se déployer afin de capter une bonne part des 13 211 milliards de fr cfa d’engagements d’investissements qui sonnent comme le résultat le plus important de cette grand’messe économique et financière ayant abouti à 51 conventions et projets signés. Faudrait-il le rappeler, les besoins annuels d’investissement se montent à près de 5000 milliards de fr cfa.
Les privés Sénégalais seront visiblement challengés par l’État d’autant que le ministre Al Amine Lo en charge de la mise en œuvre de la vision 2050 annonce en grande pompe l’existence d’un portefeuille de 400 projets de grande envergure. Le hic, c’est que très souvent on se pose des questions sur les capacités financières du secteur privé national.
Par ailleurs, il faut rappeler que le volume de l’investissement direct étranger(IDE) est un indicateur d’attractivité voire de développement d’un pays. Mais ces investisseurs ne sont pas des philanthropes. Le plus clair du temps, ils ont le réflexe de rapatrier les bénéfices de leur business chez eux. C’est ce qui se passe exactement dans plusieurs secteurs stratégiques comme les industries extractives (pétrole, mines). Résultat, même en cas de croissance à deux chiffres tirée par ces secteurs, on constate très peu d’effets induits et donc d’impact sur le quotidien des populations. C’est la raison pour laquelle l’interpellation du Premier ministre en direction du secteur privé national n’est pas fortuite. Ce message garde tout son sens. C’est connu, l’effet de ruissellement sur tous les acteurs économiques ne peut fonctionner qu’avec des privés nationaux forts. Si notre pays arrive à créer beaucoup de champions locaux, leurs revenus seront ainsi réinjectés dans l’économie réelle créant par ricochet de la croissance inclusive, des emplois et de nouvelles richesses. C’est l’enjeu du moment dans un pays qui compte deux millions de personnes sur le marché du travail.
Le Sénégal reste un pays stable et attractif avec de nombreuses opportunités d’investissement. L’idée, c’est de sortir beaucoup plus de concitoyens de la pauvreté. Pour cela, les ressources naturelles et le capital humain de qualité restent nos atouts majeurs.
Mais le Sénégal partage le marché avec d’autres pays aussi dynamiques et aussi ambitieux dans un monde complexe engagé depuis longtemps dans une logique de guerre économique. Dans cette bataille de l’investissement, le choix fort de faire de l’Arabie Saoudite l’invitée d’honneur du forum Invest in Sénégal est bien inspiré. Cela traduit quelque part un changement de paradigme et une stratégie de diversification des partenariats économiques du Sénégal. Hormis l’Europe (France particulièrement), l’Amérique et la Chine, le royaume saoudien est appelé à la rescousse. Le pouvoir-Pastef semble avoir compris l’essoufflement de cette Europe qui ne fait plus rêver. Dans le domaine financier, le centre du monde s’est maintenant déplacé vers les dynamiques pays du Golfe et du sud-est asiatique.
Une nouvelle stratégie donc, un peu à l’image du Président Abdoulaye Wade qui avait été le premier à casser le monopole de l’Europe dans cette opération de captation des segments de l’économie nationale.
Pour cette année 2025, les projections font état d’un taux de croissance de l’ordre de 8% de grâce à la vitalité des hydrocarbures.

