PROCÈS TENDU DU CHRONIQUEUR DE SENTV: Face au juge, Abdou Nguer défend ses « commentaires d’actualité »
Le chroniqueur de la SENTV, Abdou Nguer, et Pape Amadou Ndiaye Diaw, en prison depuis six mois, comparaissaient ce mercredi, devant le tribunal de Dakar, pour diffusion de fausses nouvelles et propos offensants. Le parquet a requis des peines sévères : jusqu’à deux ans dont un an ferme et des amendes. Le délibéré est fixé au 12 novembre prochain.
Le tribunal correctionnel de Dakar a examiné, ce mercredi, les dossiers croisés d’Abdou Nguer, chroniqueur à la SENTV, et de son co-prévenu Pape Amadou Ndiaye Diaw. Les deux hommes sont poursuivis dans une affaire liée à la mort de Mamadou Badio Camara, ancien président du Conseil constitutionnel, et à la diffusion de vidéos et commentaires jugés délétères sur les réseaux sociaux. Le juge a décidé de joindre les deux procédures.Selon l’acte d’accusation, un commentaire exigeant une autopsie du défunt a été publié sur un compte TikTok intitulé « Abdou Nguer seul », administré par Pape Amadou Ndiaye Diaw
. Abdou Nguer est poursuivi notamment pour diffusion de fausses nouvelles, offense au chef de l’État et apologie de crimes ou délits. Son co-prévenu est poursuivi pour diffusion de fausses nouvelles après avoir mis en ligne et partagé plusieurs vidéos.Au cours de l’audience, le tribunal a projeté plusieurs vidéos rassemblées par le parquet, certaines datant d’un an et compilées pour l’enquête.
Abdou Nguer assume ses paroles
Abdou Nguer a nié les infractions qui lui sont reprochées en plaidant le droit au commentaire. « Ce sont des commentaires. Je ne suis pas au courant d’avoir commis tous ces délits, c’est pourquoi je les conteste », a-t-il déclaré. Sur les accusations liées au rapport de la Cour des comptes, il a précisé. « Ce sont des faits que j’ai trouvés dans le rapport. Ce ne sont pas mes propres chiffres », s’est-il défendu. Interrogé sur le projet de loi d’amnistie, il a expliqué : « Je commente l’actualité. J’ai dit que le projet de loi interprétatif de l’amnistie ne vise que les forces de défense et de sécurité… ».
Concernant l’annonce sur la mort de Badio Camara, il a affirmé avoir été surpris et s’est dit arrêté « pour une vidéo et un commentaire que je n’ai pas publiés ».En revanche, Pape Amadou Ndiaye Diaw a reconnu les faits. « Je suis les chroniques d’Abdou Nguer. J’ai créé un compte TikTok pour publier ses vidéos, juste pour avoir des vues. C’est moi qui ai publié celle sur la mort de Badio Camara avec un commentaire demandant une autopsie. Je ne pensais pas que c’était une infraction », s’est-il justifié.
Le parquet réclame la prison
Le procureur de la République a présenté un réquisitoire sévère, détaillant les propos et la portée de leur diffusion : mise en doute de décès d’autorités, accusation de malhonnêteté à l’encontre du gouvernement sur la base du rapport de la Cour des comptes, et justification, selon lui, d’un appel à la violence contre des manifestants. Le ministère public a estimé les faits caractérisés et a requis pour Abdou Nguer 2 ans d’emprisonnement, dont 1 an ferme, assortis d’une amende de 500 000 FCFA, et pour Pape Amadou Ndiaye Diaw 6 mois ferme et une amende de 100 000 FCFA.L’affaire soulève la délicate question de la frontière entre commentaire d’actualité et infraction – diffusion de fausses nouvelles ou apologie – à l’ère des réseaux sociaux.
Les parties devront maintenant attendre la suite des débats et la décision du tribunal, qui tranchera en s’appuyant sur la qualification des propos et leur intentionnalité. Abdou Nguer et Pape Amadou Ndiaye Diaw, en prison depuis six mois, devront cependant encore patienter en prison. Le tribunal a, en effet, fixé son délibéré au 12 novembre prochain.
Mariem DIA

