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Diourbel en alerte rouge nutritionnelle

Un enfant sur six en situation de malnutrition aiguë

La région de Diourbel est en situation d’alerte nutritionnelle. Avec un taux de malnutrition aiguë globale de 17,1%, bien au-dessus de la moyenne nationale de 10%, elle figure parmi les zones les plus touchées du pays. Retard de croissance, insuffisance pondérale, allaitement maternel insuffisant : tous les indicateurs sont au rouge. Le Directeur régional de la Santé, Dr Mamadou Dieng, pointe du doigt la pauvreté, l’insécurité alimentaire et les pesanteurs culturelles. Il appelle à une mobilisation massive pour freiner ce fléau silencieux qui tue à bas bruit.

La malnutrition aiguë globale frappe fortement la région de Diourbel. Avec 17,1% d’enfants touchés, la région dépasse largement la moyenne nationale (10 %). Les autres formes de malnutrition ne sont pas en reste. Pour l’insuffisance pondérale, le taux est de 22,3%, contre 16% au niveau national, Pour le retard de croissance, c’est un chiffre de 17%, contre 14,3% pour la moyenne nationale. Pour l’allaitement maternel exclusif, on est à 30% à Diourbel, contre 34% au plan national.

Ces chiffres alarmants ont été communiqués par le Directeur régional de la Santé, Dr Mamadou Dieng, lors d’une caravane de presse organisée en collaboration avec l’Association des Journalistes en Santé, Population et Développement (AJSPD) et la Fondation Bill et Melinda Gates.

Pauvreté, traditions et désinformation : un cocktail explosif

Pour le Dr Dieng, la pauvreté reste le principal terreau de la malnutrition, mais elle n’est pas seule en cause. « La malnutrition agit souvent dans les zones marquées par l’insécurité alimentaire, la pauvreté et des comportements socio-culturels nocifs. Certains aliments disponibles sont pourtant rejetés parce qu’interdits par la tradition », déplore-t-il.

Le médecin dénonce également le faible niveau de connaissance des populations sur les pratiques nutritionnelles.Des pratiques néfastes à la naissance, où des produits traditionnels sont donnés avant le premier allaitement. Une méconnaissance du rôle vital du colostrum, ce premier lait riche en anticorps que beaucoup de mères tardent à donner. Egalement, une mauvaise gestion des repas de l’enfant, souvent calqués sur les horaires des adultes, alors qu’un enfant devrait manger jusqu’à cinq fois par jour

Le Dr Dieng distingue deux formes majeures de malnutrition. La Malnutrition aiguë modérée (MAM), insidieuse, qui se manifeste par une perte de poids, de l’irritabilité et un manque d’appétit. Beaucoup de mères croient alors que l’enfant est simplement « capricieux ». Et la Malnutrition aiguë sévère (MAS), qui se traduit par des œdèmes, des pieds enflés, une baisse drastique des défenses immunitaires et un risque élevé de mortalité.

« La malnutrition modérée est l’antichambre de la forme sévère. Il est urgent de détecter précocement ces cas pour éviter qu’ils ne deviennent critiques », insiste-t-il.

L’allaitement maternel exclusif : un levier simple mais sous-utilisé

Malgré sa gratuité et son efficacité prouvée, l’Allaitement maternel exclusif (AME) reste peu pratiqué à Diourbel. « Ce n’est pas une intervention médicale coûteuse. Il s’agit seulement de sensibiliser les mères à allaiter exclusivement entre 0 et 6 mois », insiste le médecin.

Il note que de nombreuses femmes n’ont pas été exposées à l’AME dans leur enfance, ce qui rend le changement de comportement difficile. Après six mois, le médecin recommande une diversification progressive de l’alimentation, avec des aliments liquides enrichis, des fruits, et des repas équilibrés au-delà du lait maternel.

D’après le medécin, il existe trois piliers pour vaincre le fléau : Sensibiliser, dépister et accompagner. Le Dr Dieng plaide ainsi pour une approche intégrée fondée sur le suivi promotionnel de la croissance chez l’enfant (pesée régulière, consultation), le dépistage précoce de la malnutrition, l’administration semestrielle de vitamine A et une communication communautaire active et adaptée aux réalités locales

« Tant que l’enfant n’est pas suivi dans une structure pour mesurer ses variables anthropométriques, on ne peut pas savoir s’il est malnutri ou non », alerte-t-il.

Le message de cette caravane de presse est clair. La malnutrition n’est pas une fatalité, mais une urgence de santé publique qui nécessite des réponses ciblées, une volonté politique, et surtout une mobilisation communautaire pour briser le cycle : pauvreté-ignorance-malnutrition.

Viviane DIATTA