SITUATION DE LA CÉCITÉ DANS LE PAYS: 165 000 aveugles et 550 000 malvoyants recensés au Sénégal
À la veille de la Journée mondiale de la vue, les autorités sanitaires tirent la sonnette d’alarme. Plus de 700 000 Sénégalais vivent avec une déficience visuelle, dont 165 000 sont totalement aveugles. Le Dr Mouctar Dieng Badiane, coordonnateur du Programme national de santé oculaire, appelle à une mobilisation générale pour prévenir une cécité largement évitable.
La prévalence de la cécité au Sénégal est estimée à 1,42%, soit 165 000 personnes aveugles et 550 000 malvoyantes. L’annonce a été faite, hier, par le Dr Mouctar Dieng Badiane, coordonnateur du Programme national de santé oculaire (PNSO), lors d’une conférence de presse en prélude à la Journée mondiale de la vue, prévue le 9 octobre.
Selon le Dr Badiane, la cécité touche une part importante de la population sénégalaise. Les principales causes identifiées sont la cataracte, le glaucome et les vices de réfraction. S’y ajoutent les complications liées à la rétinopathie diabétique, conséquence directe de maladies chroniques comme le diabète.
Le trachome, autrefois une cause majeure de cécité, a désormais disparu de la liste grâce aux progrès réalisés dans le pays.« La pathologie la plus fréquente reste la cataracte, qui demeure la première cause de cécité au Sénégal. On recense environ 35 000 cas de cataracte, avec 24 000 nouveaux cas chaque année, a précisé le médecin.
Mais des efforts considérables sont faits avec près de 20 000 à 25 000 interventions chirurgicales réalisées par an. Ces performances sont rendues possibles grâce à une meilleure accessibilité géographique et à la disponibilité de la chirurgie de la cataracte dans les différents départements du pays ».
Prévenir plutôt que guérir
Le thème de cette édition 2025, « Aimez vos yeux : vivons tous ensemble pour que les soins oculaires soient accessibles, disponibles partout et pour tous », met l’accent sur la prévention et la sensibilisation. Le Dr Badiane rappelle que 90% des cas de cécité sont évitables ou curables, à condition d’adopter les bons comportements consulter rapidement en cas de troubles visuels, effectuer des visites ophtalmologiques annuelles, même sans symptômes et pour les personnes présentant des antécédents familiaux, consulter dans des structures spécialisées.
Il a également insisté sur la nécessité de vaincre les réticences liées à la chirurgie de la cataracte et au port de lunettes. « Les communautés doivent être mieux sensibilisées à accepter la chirurgie, mais aussi à faire porter des lunettes aux enfants et aux adultes », souligne-t-il en alertant sur les effets néfastes des écrans chez les plus jeunes.
« Les enfants de moins de trois ans ne doivent pas être exposés aux écrans. Ils ne doivent pas les utiliser pendant les repas, dans les chambres, avant l’école ou avant de dormir. Ces gestes simples contribuent grandement à réduire les risques de déficience visuelle », conseille-t-il.
Des efforts notables, mais des défis persistants
Pour marquer la Journée mondiale de la vue, une campagne de chirurgie de la cataracte se tiendra à l’hôpital Ndamatu de Touba, afin de soulager les patients concernés. Une consultation gratuite est également prévue pour les enfants atteints d’autisme, afin de leur offrir un examen visuel complet, des lunettes ou d’autres soins oculaires adaptés.
Le Sénégal compte actuellement 91 ophtalmologistes répartis dans les différentes régions du pays. « Le ratio préconisé par l’OMS est atteint, mais le défi demeure celui de la répartition équitable, souligne le Dr Badiane. Des efforts ont été faits ces deux à trois dernières années. Certaines régions comme Diourbel disposent de six ophtalmologistes, Matam en compte deux, Kaffrine et Tambacounda trois chacun. Il reste encore du chemin, mais les progrès sont réels ».
Le pays dispose également de plus de 120 agents de soutien, répartis dans tous les départements, pour renforcer l’accès universel aux soins oculaires et rapprocher les services des populations rurales.
Viviane DIATTA

