À L’APPEL DU REGROUPEMENT DES BOULANGERS: La grève du pain se transforme en flop
Le Regroupement des Boulangers du Sénégal (RUBS) avait décrété une grève nationale de 48 heures, les 6 et 7 octobre 2025, marquée par la suspension totale de la production et de la vente de pain sur l’ensemble du territoire. Mais le mot d’ordre n’a été que partiellement suivi, révélant les divisions internes du secteur.
Sur les quatre organisations syndicales regroupant les boulangers du pays, seules deux – le RUBS et le RUBS Authentique – ont effectivement répondu à l’appel de l’Intersyndicale des Fédérations de Boulangers du Sénégal (IFBS). Leur secrétaire national, Amadou Lamine Ndiaye, justifie ce mouvement par une situation économique devenue intenable.
« La flambée des prix de la farine, du sucre, du gasoil et de l’électricité nous oblige à vendre à perte. Beaucoup de boulangeries ont déjà mis la clé sous la porte », déplore-t-il.Les grévistes accusent l’État de n’avoir pas respecté son engagement de réduire de 3 000 FCFA le prix du sac de farine, une mesure censée compenser la baisse du prix du pain imposée aux boulangers. Selon M. Ndiaye, la faible mobilisation observée s’explique en partie par un amalgame autour des dates de la grève.
« Certains boulangers pensaient devoir démarrer le mouvement le 5 octobre à minuit, d’autres le 6 au matin. Ce malentendu a affaibli la portée de notre action », reconnaît-il.Alors qu’elle a été un véritable flop puisque presque pas suivie, il insiste toutefois sur le caractère symbolique de cette grève, qu’il présente comme un message d’alerte à l’État, et non comme une volonté de confrontation. Les boulangers réclament avant tout l’application du décret 2019-22-117, destiné à encadrer et moderniser le secteur. Son absence d’exécution, affirment-ils, favorise une concurrence déloyale de la part du secteur informel. Ils demandent également la détaxation de certains intrants et la compensation intégrale de la baisse du prix de la farine.
« Depuis que le prix du kilo de pain est passé de 175 à 150 FCFA, l’État devait réduire le prix du sac de farine de 7 000 FCFA pour maintenir nos marges. Il n’en a retiré que 4 000 et promettait de subventionner les 3 000 restants. Cela fait 15 mois que nous attendons », rappelle Amadou Lamine Ndiaye, accusant l’État de « fuir ses responsabilités ».
Le secrétaire général de l’IFBS déplore enfin la rupture du dialogue avec le ministre de tutelle, Serigne Guèye Diop. « Nous n’avons aucun contact officiel avec lui. Pourtant, notre objectif n’est pas d’affronter, mais de sauver un secteur en danger », plaide-t-il, appelant les autorités à rouvrir la discussion pour éviter une crise durable dans la filière boulangère.
Mariem DIA

