SITUATION FINANCIÈRE ET DETTE CACHÉE: Les raisons du report du vote du FMI sur la dérogation attendue par le Sénégal
Le Sénégal reste suspendu aux décisions du Fonds monétaire international (FMI). Alors que Dakar attendait une dérogation cruciale pour débloquer de nouveaux financements, le FMI a reporté son vote, hier, plongeant le pays dans une incertitude budgétaire. Une situation qui retarde les grands chantiers de l’État et alimente l’agacement des économistes, à l’image de Meissa Babou, qui dénonce une perte de temps et d’argent pour le pays.
Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a examiné, ce vendredi, la situation financière du Sénégal. Mais contrairement aux attentes, il n’a pas procédé au vote décisif sur la dérogation liée à la fausse déclaration de dette, une étape cruciale pour permettre au pays de débloquer de nouveaux financements et de retrouver l’accès au programme de prêts suspendu depuis plusieurs mois.
Selon l’économiste Meissa Babou, ce report est incompréhensible. « Depuis le début de cette affaire, le FMI fait perdre au Sénégal du temps et de l’argent. Dès lors que l’institution reconnaît qu’il y a eu une dette cachée, elle devait trancher. Soit effacer cette dette, soit refuser. Mais à force de tergiverser, elle montre qu’elle n’est pas de bonne grâce pour aider le Sénégal », a-t-il déclaré, estimant que la lenteur de la procédure s’expliquerait aussi par le fait que « ce régime, celui de Diomaye-Sonko, n’est pas manipulable ».
Des critères techniques non remplis
D’après des informations obtenues par l’agence Reuters, le blocage persiste en raison de critères techniques que les autorités sénégalaises n’ont pas encore totalement remplis, empêchant ainsi un vote formel du Conseil d’administration. Toutefois, les négociations sont jugées bien avancées, et plusieurs sources estiment que la dérogation pourrait être validée d’ici la fin de l’année.Malgré l’absence de financements extérieurs, le Sénégal a pu maintenir la prise en charge de ses dépenses courantes et gérer les besoins quotidiens de l’État, souligne M. Babou.
Néanmoins, de nombreux grands chantiers publics restent bloqués. « Certes, le Sénégal n’a pas pu engager d’investissements lourds, faute de moyens, mais au moins, il a réussi à gérer ses charges de fonctionnement », note l’économiste.Vers un nouveau programme d’appuiLe FMI avait déjà annoncé, le 2 octobre, qu’il préparait des discussions sur un futur programme de coopération avec le Sénégal, dans le but de rétablir la confiance et d’actualiser le cadre d’appui budgétaire. En attendant une décision officielle, le pays doit composer avec ses contraintes budgétaires sans accès direct aux ressources de l’institution.
La position du FMI est scrutée de près par les partenaires bilatéraux et les investisseurs internationaux, dont certains conditionnent leurs propres financements à l’issue de cette dérogation.
Il convient de rappeler que le débat actuel trouve son origine dans la révélation, au printemps dernier, de dettes non déclarées estimées à plus de 11 milliards de dollars. Cette découverte avait entraîné la suspension d’un programme de prêts d’un montant total de 1,8 milliard de dollars. Face à cette crise de confiance, les nouvelles autorités sénégalaises avaient entamé des échanges techniques avec le FMI afin de clarifier l’ampleur de ces engagements et de restaurer la crédibilité des statistiques publiques.
Abdoulaye DIAO

