ActualitéSociété

PR LAMINE NDIAYE, CHIRURGIEN-PLASTICIEN: « La chirurgie esthétique est une spécialité, elle doit être pratiquée par un médecin »

Au Sénégal, la chirurgie esthétique connaît une demande croissante, mais elle reste encore méconnue du grand public. Le professeur Lamine Ndiaye, chirurgien-plasticien, explique les interventions les plus courantes, les risques associés et insiste sur la nécessité de confier ces actes médicaux à des spécialistes qualifiés.

Qu’est-ce que la chirurgie esthétique ?

La chirurgie esthétique est une branche de la chirurgie plastique dont l’objectif est de corriger ou d’embellir les modifications corporelles des tissus mous. Contrairement à la chirurgie réparatrice, elle n’est pas motivée par une maladie ou un handicap, mais vise à améliorer l’estime de soi et le bien-être physique, mental et social. Elle existe depuis le début du XXᵉ siècle, mais c’est à partir des années 1970 qu’elle a véritablement connu un essor.

Quelles sont les interventions les plus courantes au Sénégal ?

Les interventions les plus fréquentes, il y en a plusieurs. Il y a l’abdominoplastie qui permet de raffermir le ventre et de corriger les déformations dues aux grossesses ou à une perte de poids importante. En plus d’un ventre plus plat, elle peut améliorer certaines fuites urinaires, la constipation chronique ou encore les douleurs lombaires liées à la distension abdominale. La liposuccion est aussi très demandée. Elle consiste à aspirer l’excès de graisse localisée par de petites incisions de moins d’un centimètre. Les cicatrices sont discrètes et la récupération rapide. La chirurgie des seins, elle, inclut l’augmentation mammaire, généralement par implants en silicone, et la réduction mammaire. L’augmentation s’adresse aux femmes dont les seins ne se sont pas développés à la puberté, à celles ayant perdu du volume après une maternité ou une perte de poids, ou encore à celles qui souhaitent simplement une poitrine plus volumineuse. Les résultats sont stables à condition de maintenir un poids constant, mais les implants doivent être changés tous les dix ans. La réduction concerne les patientes aux seins très volumineux, responsables de douleurs ou de difficultés vestimentaires et sportives. L’augmentation des fesses (BBL – Brazilian Butt Lift), elle consiste à prélever de la graisse par liposuccion et à la réinjecter dans les fesses pour remodeler la silhouette. L’une des contraintes majeures est que la patiente ne doit ni s’asseoir ni se coucher sur les fesses pendant six semaines. Cette opération comporte un risque grave : l’embolie graisseuse, potentiellement mortelle. Elle doit donc être pratiquée par un chirurgien expérimenté respectant les normes de sécurité.

Quelles sont les complications possibles ?

Comme toute chirurgie, la chirurgie esthétique comporte des risques. L’essentiel est qu’elle soit réalisée par un spécialiste diplômé, dans des conditions conformes aux normes médicales. Les complications communes incluent l’infection, l’hématome, le retard de cicatrisation, la phlébite, un résultat insuffisant ou inesthétique. Certaines sont spécifiques , comme l’embolie graisseuse pour le BBL, ou l’infection dans le cas des prothèses mammaires.

Après une chirurgie « ratée », existe-t-il une possibilité de réparation ?

Il est parfois possible d’améliorer les résultats d’une chirurgie ratée, selon l’ampleur des dommages. Idéalement, cette reprise devrait être effectuée par le chirurgien initial, qui maîtrise mieux la technique employée. Les cas les plus difficiles concernent les patientes opérées à l’étranger, souvent sans dossier médical précis, ce qui limite les possibilités d’intervention en dehors des urgences.

Est-ce que la chirurgie esthétique se pratique au Sénégal ?

Oui. La chirurgie esthétique est une spécialité chirurgicale enseignée dans les universités, y compris au Sénégal. Elle doit être pratiquée par des médecins diplômés et formés. L’éthique et la réglementation reposent sur la conscience du praticien, mais aussi sur le contrôle des sociétés savantes, de l’Ordre des médecins et des comités d’éthique, pour prévenir les dérives.

Quels sont les prix moyens d’une intervention ?

Les tarifs varient selon le type d’intervention, l’utilisation éventuelle d’implants, la combinaison de plusieurs actes et le lieu où l’opération est réalisée (structure publique ou privée). Les prix pratiqués au Sénégal restent nettement inférieurs à ceux appliqués à l’étranger.

Viviane Diatta (Linfo quotidien)