ActualitéSociété

CHIRURGIE PLASTIQUE: Une pratique en vogue chez les jeunes Sénégalaises

Entre complexes, mode et suivisme, la chirurgie plastique devient une tendance marquée chez les Sénégalaises, malgré des coûts élevés et des conséquences parfois dramatiques.

Mode, tendance, suivisme… La chirurgie esthétique s’impose peu à peu comme une nouvelle norme de beauté chez les jeunes femmes au Sénégal. Actrices de séries, mannequins, hôtesses de l’air ou anonymes influencées par les réseaux sociaux, elles sont de plus en plus nombreuses à franchir le pas, parfois au prix de lourds sacrifices financiers.

Pourtant, les dangers sont bien réels. Le décès tragique de la mannequin Ngoné Ndiaye, des suites d’une opération esthétique ratée, avait jeté un froid. Mais cet épisode n’a pas suffi à freiner durablement une tendance qui s’apparente à une véritable mode de vie.

Réseaux sociaux et bouche-à-oreille : les nouvelles cliniques virtuelles

Dans ce marché informel, beaucoup de jeunes femmes trouvent leur « chirurgien »… sur Facebook, TikTok ou Instagram. D’autres se partagent des numéros en privé, convaincues que « l’adresse miracle » circule uniquement entre initiées. Le prix et la destination ne sont pas des obstacles.

Certaines préfèrent la Tunisie ou la Turquie, d’autres l’Europe, quelques-unes encore se tournent vers des praticiens installés dans la sous-région.Le plus surprenant reste la légèreté avec laquelle les conséquences sont abordées. Effets secondaires, complications médicales, voir même décès. La majorité semble ne pas en faire une priorité.

Une poitrine redessinée, une identité retrouvée

Cette jeune femme, qui préfère garder l’anonymat, se souvient de ses complexes d’adolescente. « Mes petites sœurs avaient plus de poitrine que moi. Je passais des heures devant le miroir, persuadée que mes seins étaient moches, mous, anormaux. Je souffrais en silence, même si personne ne voyait mes seins », confesse-t-elle.

Durant une année, elle mûrit sa décision. Elle consulte en Europe, se renseigne sur les risques. Finalement, elle met de côté 2 millions de FCFA pour s’assurer que rien ne lui manque le jour de l’opération.« J’ai fait poser des prothèses mammaires de taille normale. Je n’ai rien senti. Aujourd’hui, je peux porter ce que je veux, je me sens enfin femme. Mon chirurgien m’a dit que maintenant, tout le monde a des prothèses mammaires. Je ne regrette absolument pas », confie-t-elle.Alice Gomis, l’hôtesse de l’air au « nouveau nez »

À Thiès, Alice Gomis, hôtesse de l’air, a choisi de retoucher son nez. Et ce, malgré la beauté que beaucoup lui reconnaissaient déjà.

« Mon nez était épaté, il cachait mes lèvres. J’avais l’impression que tout le monde ne voyait que ça. C’était comme un bouton au milieu du visage : obsédant », murmure la jeune fille.N’ayant pas assez d’économies, elle transforme son anniversaire en collecte. Ses amis et collègues lui offrent des contributions financières à la place de cadeaux.

« Avec leurs dons et mes économies, dit-elle, j’ai enfin pu me payer l’opération. Aujourd’hui, j’ai un joli nez et ma bouche ressort mieux. J’ai vraiment changée depuis cette chirurgie. Vraiment. Quand je suis à Thiès les gens me regardent en se demandant surement si c’est moi ou une autre. Certains de mes collègues pensent que je suis folle, parce que j’ai dépensé près de 5 millions FCFA ».

Alice assume son choix et ne cache pas sa philosophie de vie : « Il faut se faire plaisir dans la vie. Si un jour je trouve une autre bizarrerie sur mon physique, je n’hésiterai pas à repasser sur le billard ».

Les actrices de séries en première ligne

Dans le milieu des séries sénégalaises, le phénomène prend encore plus d’ampleur. Certaines actrices, soucieuses de leur image publique et de leur carrière, voient dans la chirurgie un investissement professionnel.Nogaye, héroïne de la série Bété Bété, est la seule à avoir publiquement confirmé son recours à la chirurgie esthétique. Lors d’un live sur TikTok, elle a avoué avoir subi une intervention en Tunisie afin d’obtenir une silhouette « plus harmonieuse ». Une transparence rare, quand beaucoup préfèrent se cacher derrière des explications plus banales sur leur changement physique.Une quête de beauté… et d’acceptation socialeCes récits traduisent une même quête : se réconcilier avec son corps, correspondre aux standards en vogue, parfois dictés par les réseaux sociaux et les médias. Pour certaines, la chirurgie n’est plus un luxe, mais une étape incontournable pour gagner en confiance ou se faire remarquer.

Mais derrière les sourires et les « avant/après » diffusés en ligne, les spécialistes rappellent que le risque n’est jamais nul. Le drame de Ngoné Ndiaye plane encore comme une mise en garde. Dans la quête de la beauté parfaite, la frontière entre renaissance et tragédie reste fragile.Ce phénomène, qui prend de l’ampleur au Sénégal, interroge autant sur les standards de beauté imposés aux femmes que sur les dangers ignorés au nom du paraître.

Viviane DIATTA