DR PAPE SAMBA DIEYE, DIRECTEUR DU COUS SUR LA PRESENCE DU MPOX AU SENEGAL: « Nous ne sommes pas dans une situation de transmission communautaire »
Le ministère de la Santé et de l’Action sociale informe de l’existence de deux nouveaux cas de Mpox ou variole du singe confirmés ce mercredi par le laboratoire de l’Institut Pasteur de Dakar (IPD). Quarante-deux personnes, identifiées comme contacts des trois malades hospitalisés, sont actuellement suivies. Dans cet entretien, le directeur du Centre des Opérations d’Urgence Sanitaire (COUS), le Dr Pape Samba Dieye, souligne qu’il s’agit d’une évolution prévisible et rassure : « le pays n’est pas en transition communautaire
».Comment peut-on qualifier l’évolution de la maladie du Mpox dans le pays ?
C’est une évolution normale, tout à fait prévisible. Lorsqu’on a un cas, on identifie des contacts, c’est-à-dire des personnes exposées au virus. On s’attend alors à ce que certains puissent devenir positifs. Si ce n’est pas le cas, tant mieux. Mais si des cas apparaissent, cela reste logique et attendu, raison pour laquelle nous assurons leur suivi. C’est une évolution classique d’une maladie contagieuse en contexte épidémique.
Peut-on parler d’épidémie à l’état actuel ?
En santé publique, il existe toujours une définition du seuil épidémique, qui dépend du contexte et de la maladie. Pour certaines pathologies comme le choléra, la poliomyélite, la fièvre jaune ou les fièvres hémorragiques, un seul cas suffit pour parler d’épidémie. Concernant le Mpox, au Sénégal, chaque cas est considéré comme une épidémie, car il s’agit d’une maladie inhabituelle dans notre pays et à fort potentiel épidémique. Toutefois, il faut distinguer les types et les profils d’épidémie.
Quel est le profil de cette épidémie au Sénégal ?
Si l’on prend l’exemple de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou de l’Africa CDC, les pays sont classés selon différents profils : transmission communautaire active et étendue, cas sporadiques, ou pays indemnes.Aujourd’hui, le Sénégal est passé du statut de pays indemne, sans présence du virus, à celui de pays présentant des cas sporadiques. La transmission est localisée, au sein d’un groupe de personnes identifiées et suivies. Notre objectif est de faire en sorte que cette situation n’évolue pas vers une transmission communautaire plus large et plus étendue.
Peut-on dire que l’on est face à une transmission communautaire ?
Non ! Nous ne sommes pas dans une situation de transmission communautaire. Il s’agit d’un seul cluster, c’est-à-dire un groupe d’individus chez qui le virus a été identifié. La personne contaminée a été prise en charge, ses contacts ont été identifiés. Les cas positifs se trouvent uniquement parmi ces contacts, eux-mêmes suivis et traités. Pour l’instant, il s’agit bien d’un cluster unique et non d’une propagation communautaire. Le traitement reste symptomatique. On administre des médicaments pour la fièvre, on applique des cicatrisants et des pommades antiseptiques sur les lésions, tout en assurant un apport hydrique et nutritionnel suffisant pour aider l’organisme à cicatriser et à se régénérer.
N’y a-t-il pas un risque de propagation avec les 42 personnes contacts ?
Non. Ce qui importe, ce n’est pas le nombre de contacts, mais la stratégie de suivi mise en place. Sans dispositif, même deux ou trois contacts peuvent suffire à propager la maladie. Mais avec un suivi rigoureux, même 100 ou 200 contacts peuvent être maîtrisés.
L’essentiel est de pouvoir identifier, isoler et prendre en charge toute personne suspecte dès l’apparition de symptômes.
Quelles sont les mesures mises en place pour faire face à la situation ?
La lutte contre les épidémies repose sur plusieurs stratégies. La surveillance épidémiologique pour détecter rapidement les cas. Le suivi des contacts afin d’interrompre la chaîne de transmission. La communication des risques et la mobilisation communautaire, pour que la population adhère aux mesures préventives et connaisse les modes de transmission. La prévention et le contrôle des infections, afin que les structures de santé disposent de protocoles adaptés et que les risques de contamination interhumaine soient limités, tant dans les soins qu’au sein de la communauté.
Viviane DIATTA

