Economie

MOR GASSAMA, ÉCONOMISTE« Il y a au moins 250 entreprises françaises installées au Sénégal »

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Enseignant-chercheur titulaire à l’Institut National Supérieur pour l’Éducation Populaire et du Sport (INSEPS), Mor Gassama a livré une analyse sur l’appel du chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, aux entrepreneurs Français à venir investir au Sénégal. « Il y a au moins 250 entreprises françaises installées au Sénégal, qui ont créé plus de 31 000 emplois », a déclaré Dr Mor Gassama dans cet entretien.

Quelle analyse faites-vous de la rencontre entre le Président Bassirou Diomaye Faye et les hommes d’affaires français, sur le volet économique ?

Je pense que cette rencontre est très intéressante. Oui, parce que la France reste un partenaire économiste majeur pour le Sénégal. C’est surtout un investissement historique. Le Sénégal compte quand même au moins plus de 250 entreprises françaises qui sont installées. Il y a des entreprises françaises qui sont de droit Sénégalais et qui sont gérées par les papiers de France. Et cela veut dire que ces entreprises françaises au Sénégal qui sont plus de 250, créent plus de 31 000 emplois. Donc, cela veut dire qu’ils contrôlent largement une bonne part des services. Parce que si vous parlez de recours d’emplois, donc 31 emplois, cela veut dire que ce sont des gens qui ont le pouvoir d’achat, qui achètent des équipements, etc. Qui paient la TVA, ce qu’on appelle l’impôt direct, qui sont prélevés sur l’impôt sur le revenu. Et ce sont ces emplois qui paient les impôts sur les sociétés. Et le fait de rencontrer le MEDEF, le mouvement des entreprises de France, qui est la première organisation patronale en France, lorsque vous parlez du MEDEF, c’est un grand 200 000 entreprises et plus de 11 millions d’emplois.
Mais beaucoup de gens trouvent contradictoire, par exemple, pour les tenants du pouvoir qui parlent de souverainisme, eux qui ont même travaillé pour quitter les balles françaises à Dakar, se retrouvent encore à demander aux investisseurs français de venir au Sénégal…

Je pense qu’ils font de l’amalgame, mais ça n’a rien à voir. Absolument rien. Le fait de demander aux Français de retirer leur base militaire au Sénégal, parce que nous sommes un pays souverain, il n’y a pas plus normal que ça. C’est ce que la France avait fait, il n’y a plus de 70 ans de cela. Donc, en toute logique, la France ne peut pas le refuser au Sénégal. Parce qu’elle ne veut pas de la présence militaire étrange chez elle, sur son territoire. Si un autre pays lui dit que moi aussi, je ne veux pas de la présence militaire étrange sur mon territoire, il n’y a pas plus normal que ça. Mais Dieu merci les deux présidents, Macron et Diomaye sont tous nés après les indépendances. Donc, ils n’ont pas vraiment vécu cette époque. Ça ne les intéresse pas. C’est une histoire de France-Afrique autour de ça. C’est pourquoi le gouvernement a très rapidement dépassé ça.

Est-ce que le souverainisme aussi est compatible avec l’invite faite aux entreprises françaises ?


Je vous dis que la France n’a pas étonné de la démarcher pour le Sénégal. Pour rappel, en 2023, la France est redevenue même le premier fournisseur de biens du Sénégal avec 12% de part de marche, contre 10,9% pour la Chine. Et en termes d’échange, les volumes des échanges tournent autour de 1,1 milliard d’euros. Soit environ 721,5 milliards de francs CFA. Il n’y a pas de compatibilité. Là-bas, on parle de souverainisme, parce qu’on ne voudrait aucune présence militaire étrangère sur notre territoire. Ça n’a rien à voir avec le fait de demander aux gens de venir investir. De toute façon, ils sont déjà là. Je vous ai dit qu’il y a au moins 250 entreprises françaises installées au Sénégal, qui ont créé plus de 31 000 emplois. Vous demandez aux Chinois de vouloir investir vous demandez aux Turcs, certainement aux Marocains et autres, pourquoi vous ne le feriez pas avec les Français ? C’est notre premier partenaire pratiquement sur beaucoup de plans.
La France reste aussi une terre d’accueil pour nos terres d’accueil. C’est une destination de prédilection et les statistiques le prouvent. Pour l’année universitaire 2023-2024, il y a eu 16957 étudiants sénégalais en France soit une hausse 37% en 5 ans. Sur la meme année, la France a délivré 5330 visas étudiants au Sénégal. Donc la France reste toujours le premier pays de destination pour les étudiants du Sénégal. Il faut se dire que le Sénégal son agenda de transformation économique et sociale cherche à attirer davantage des investisseurs quelques soit leurs nationalités. Ce qui nous intéresse est que ces investisseurs puissent investir dans des secteurs à fortes potentialité de croissance notamment de croissance inclusive. Ça participera à atteindre notre niveau de développement économique et sociale.

(Mamadou Lamine Camara, L’informé)