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Argentine: plus de 100 morts dans le scandale du fentanyl contaminé dans les hôpitaux

En Argentine, l’affaire du fentanyl médicinal contaminé est en passe de devenir le scandale pharmaceutique le plus meurtrier de l’histoire du pays. Plus de 100 patients sont morts après avoir reçu une dose d’un lot contaminé. La responsabilité de l’autorité régulatrice du médicament et du gouvernement est mise en cause et les familles de victimes réclament justice.

Le neveu d’Adriana Francese, Renato, est mort le 4 mai, à l’âge de 18 ans. Admis en soins intensifs après un accident de moto, il est décédé des suites d’une pneumonie, provoquée par une bactérie présente dans le fentanyl qui lui avait été administré comme sédatif. « Nous attendons justice, souffle la mère endeuillée. Tous les responsables doivent être identifiés, à commencer par le laboratoire. »

Fin novembre, une inspection de l’Anmat, le gendarme du médicament en Argentine, avait pointé de graves irrégularités dans la production du médicament en question par le laboratoire HLB Pharma. « Aucune mesure n’a été prise contre le laboratoire, qui a pu continuer à produire et à commercialiser les ampoules de fentanyl qui ont causé tous ces morts », ne décolère pas Adriana Francese. Une plainte a été déposée par l’Anmat après la découverte par un hôpital des bactéries klebsiella pneumoniae et ralstonia pickettii dans du fentanyl médical. Et après une inspection, l’organisme avait fait fermer le laboratoire et interdit en février « son activité de production, trois mois avant le premier décès dû au fentanyl contaminé », en mai.

Le gouvernement pointé du doigt

Pourtant, jeudi, le gouvernement argentin avait évaluait à au moins 100 le nombre de patients décédés dans des circonstances similaires à celles du jeune Renato. Les décès ont été enregistrés dans des hôpitaux de la province de Buenos Aires, de Santa Fe (centre), Formosa (nord-est) et Cordoba (centre), a indiqué le juge Ernesto Kreplak, chargé de l’affaire, au journal La Nacion dans un article publié mercredi. Selon l’article, au moins 24 personnes sont visées par l’enquête. Parmi elles, Ariel Furfaro Garcia, propriétaire des entreprises HLB Pharma et Laboratorios Ramallo, qui auraient produit et vendu le fentanyl contaminé. Cinq lots contaminés auraient été distribués dans huit hôpitaux et centres de santé du pays.

Deux semaines plus tôt, des familles de patients décédés avaient manifesté devant l’hôpital italien de La Plata, à 60 km au sud de Buenos Aires, réclamant « justice pour les victimes du fentanyl ». Silencieux depuis le début de l’affaire il y a trois mois, le président Javier Milei a accusé jeudi l’opposition de couvrir le propriétaire du laboratoire mis en cause. Et aux yeux d’Adriana Francese, l’élu aussi a sa part dans cette affaire : « Il utilise les victimes d’une tragédie dans laquelle il porte une part de responsabilité pour faire de la politique. Ça ne fait qu’aggraver le mal causé. » L’opposition pointe, quant à elle, les failles dans le processus de contrôle à la charge du gouvernement de Javier Milei, qui a fait de la dérégulation son leitmotiv.