Italie: «Oui à l’eau, non au pont !», rébellion contre le projet de pont de Messine
À Rome, le comité interministériel pour la planification et le développement économique a approuvé le projet final de la construction d’un pont sur le détroit de Messine pour relier la Sicile à la Calabre et donc au continent. Dans l’attente que la Cour des comptes rende ses conclusions sur le coût de ce pont suspendu le plus long au monde, les opposants au projet participent à une manifestation lancée par le mouvement « No Ponte » à Messine, samedi 9 août, sous le slogan « Oui à l’eau, non au pont ! ».
Le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures italien, Matteo Salvini, a annoncé mercredi 6 août le feu vert définitif de Rome pour la construction du plus long pont suspendu au monde, reliant l’île de Sicile au continent, pour 13,5 milliards d’euros. Les travaux devraient débuter « entre septembre et octobre », espère-t-il.
Avec deux voies ferrées au centre et trois voies de circulation de chaque côté, le pont est conçu avec deux paires de câbles tendus entre deux tours de 400 mètres de haut, avec une portée suspendue de 3 300 mètres, un record mondial. Prévu pour être achevé d’ici à 2032, le gouvernement affirme qu’il s’agit d’une prouesse technique, capable de résister aux vents violents et aux tremblements de terre dans une région située à la jonction de deux plaques tectoniques.
« Oui à l’eau, non au pont ! »
Le mouvement « No Ponte », auquel adhèrent de multiples associations, espère encore que le projet de pont, pour relier la Sicile à la terre ferme, sera bloqué par le gendarme italien de la finance publique. Pour les contestataires, il n’est pas utile au développement de la Sicile et de la Calabre, explique notre correspondante à Rome, Anne Le Nir. Les deux régions, parmi les plus pauvres du pays, ont des besoins bien plus urgents.
Par exemple, la dispersion hydrique atteint entre 50% et 60% de l’eau injectée dans les réseaux de distribution, car les infrastructures sont négligées depuis des décennies. Quant aux hôpitaux, des dizaines ont récemment fait faillite et d’autres risquent de fermer, faute de personnel soignant. Le pont de Messine est donc considéré par ses opposants comme un immense gaspillage de fonds publics.
Et ce n’est pas tout. Les risques environnementaux inquiètent les experts en Italie, dont ceux de l’Institut national de géophysique et de volcanologie, et que les spécialistes anti-mafia estiment qu’un tel ouvrage ne peut qu’aiguiser l’appétit de Cosa Nostra et de la ‘Ndrangheta.

