L’Arabie saoudite promet 6,4 milliards de dollars d’investissements en Syrie
Le ministre saoudien de l’Investissement est arrivé, ce mercredi 23 juillet, en Syrie avec une délégation d’une centaine d’hommes d’affaires. À la clé, 6,4 milliards de dollars de promesses d’investissements pour soutenir la reconstruction de la Syrie et son président par intérim Ahmed al-Charaa. Même si, pour l’instant, les annonces de soutien saoudien peinent à se concrétiser.
Près de 150 représentants saoudiens des secteurs privé et public, ainsi que leur ministre de l’Investissement, Khaled Ben Abdelaziz al-Faleh, sont arrivés à Damas, mercredi 23 juillet, pour participer à un forum d’affaires. L’équivalent de 6,4 milliards de dollars d’investissements et de partenariats ont été annoncés par le ministre, dans « l’immobilier, les infrastructures, les communications et les technologies de l’information, les transports et la logistique, l’industrie, le tourisme, l’énergie, le commerce », entre autres.
L’Arabie saoudite ne souhaite pas voir retomber la Syrie dans le giron de l’Iran. Depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Riyad est l’un des principaux soutiens au président par intérim Ahmed al-Charaa. Ce dernier a ainsi été reçu dans le royaume saoudien en février.
Concurrencer la Turquie
L’objectif de l’Arabie saoudite, avec de tels accords, « est, d’une part, de réinvestir la Syrie, pour l’ancrer hors de l’orbite iranienne, explique Joseph Bahout, directeur de l’institut pour les politiques publiques et les affaires internationales à l’Université américaine de Beyrouth. D’autre part, il s’agit peut-être de tenter de limiter l’influence turque » très présente dans l’économie syrienne notamment, « ou de la partager. Et puis d’entraîner les États-Unis à accepter ce nouveau régime, à travers la levée des sanctions ».
Vers une levée durable des sanctions ?
Le président américain Donald Trump a signé, lundi 30 juin, un décret formalisant la levée d’une grande partie des sanctions états-uniennes contre la Syrie, afin de faciliter le retour du pays dans le système financier international. « L’Arabie saoudite a joué un grand rôle dans l’annonce du président américain de lever les sanctions », estime Samir Aïta, économiste syrien et président du cercle des économistes arabes.
Néanmoins, après la flambée de violences intercommunautaires dans la province à majorité druze de Soueïda, dans le sud de la Syrie – qui ont fait plus de 1 200 morts depuis le 13 juillet, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme -, le Congrès américain est divisé sur le sujet. Pour garder un levier de pression sur le président syrien par intérim Ahmed al-Charaa, une partie des élus ne souhaite pas prolonger au-delà de six mois la levée des sanctions.
« Israël résiste à ce processus d’affermissement du pouvoir d’Ahmed al-Charaa à Damas, qu’elle voit d’un très mauvais œil, rappelle Joseph Bahout. Par conséquent, les promesses saoudiennes d’investir en Syrie restent des promesses verbales sans rien de vraiment concret » pour l’instant. Car « personne ne va investir sur six mois » uniquement, sans visibilité au-delà de ce délai, abonde Samir Aïta.
De nombreux freins à l’investissement
Les interrogations profondes autour de la « consolidation de l’État de droit et la protection des investisseurs » sont aussi un frein aux investissements, poursuit l’économiste syrien. « Le bombardement par l’armée israélienne du quartier général de l’armée en plein centre de Damas le 16 juillet a décrédibilisé le pouvoir et sa stabilité, dit-il. Si cette visite des hommes d’affaires saoudiens n’a pas été annulée, c’est pour donner le signe que tout va bien et aider les autorités à se maintenir au pouvoir, mais la situation est instable », après les violences dans la province de Soueïda.
Pour toutes ces raisons, sur les 5,6 milliards de dollars d’investissements annoncés, « il faudra regarder s’il s’agit simplement d’accords de principe ou bien de vrais contrats. […] Et s’il s’agira d’investissements à même de dynamiser une économie exsangue » après 14 ans de guerre en Syrie, conclut Samir Aïta.
RFI

