Biram Soulèye Diop, un bienheureux récidiviste
Birame Soulèye Diop n’en est pas à son coup d’essai. L’espace public sénégalais a vu fleurir plusieurs déclarations polémiques ou propos jugés – déplacés par certains observateurs – de l’actuel ministre de l’Energie. Depuis quelque temps, Birame Souleye Diop s’est en effet beaucoup illustré dans des sorties publiques qui n’ont pas toujours eu un bel effet sur sa tenue d’homme politique de haut rang. Et d’énarque.
Sa première arrestation, en juillet 2023, découle même de ses dérapages verbaux dont il semble coutumier lors des rencontres politiques. Comme si l’ambiance survoltée de la foule ne faisait pas un bel effet sur son esprit, au moment de (sur)jouer au tribun : «J’avertis les prochains candidats de l’APR (à la présidentielle 2024) : évitez de manger chez Macky Sall et de boire son eau. Seulement, il est capable de vous empoisonner et de revenir nous dire, comme on a plus de candidat, je vais présenter ma candidature, comme Alassane Ouattara» , avait déclaré le parlementaire Birame Souleye Diop, avant de se rétracter le lendemain face à la grossièreté de ses insinuations. Mais malgré le retrait de ses propos jugés graves suivi de présentation d’excuses, le parlementaire à la tête du groupe Yewwi Askan Wi à l’Assemblée nationale sera arrêté le 5 juillet 2023. Il sera finalement été libéré, sauvé par un «souci d’apaisement» du régime de Macky Sall qui avait déjà mis en prison Ousmane Sonko et Diomaye Faye.
En avril 2024, dans l’euphorie de la brillante victoire du candidat du Pastef Bassirou Diomaye Faye à l’élection présidentielle, Biram Soulèye Diop, comme émoustillé face au micro de la RTS, avait osé une de ses saillies dont il a le secret : «Nous ne parrainerons aucune soirée de gala, aucun combat de lutte. Nous ne sommes pas élus pour ces choses-là», avait-il tonné dans un style, qui serait l’une des causes de sa dégradation (officieuse ?) au sein d’un Pastef où il avait été longtemps placé devant Bassirou Diomaye Faye dans la hiérarchie du parti dirigé par Ousmane Sonko.
L’administrateur général du Pastef/Les patriotes n’a pas tiré la leçons de ses déboires judiciaires. Il s’est encore illustré, un an plus tard par des propos jugés maladroits. Cette fois, c’est sur le plan religieux notamment le salafisme. «Comment une personnalité de cette trempe (Ousmane Sonko) pourrait-elle se convertir en salafiste ? Comment le Premier ministre, un petit-fils de Mame Rawane Ngom et un descendant (petit-fils) direct d’El Hadj Ahmadou Ndiéguène, pourrait-il se permettre de devenir salafiste ? Un salafiste ne saurait être issu de cette famille religieuse (…). Aucun patriote n’est salafiste», avait-il déclaré lors du Gamou de Fass-Diacksao.. Cette déclaration a aussi soulevé de grosses polémiques au sein du milieu religieux. Alioune Badara Mbengue, professeur de lettres et imam à la mosquée de l’UCAD et auteur du livre « Salafisme et Convictions », lui a répondu dans un texte. « Le respect et la considération de toutes les communautés qui constituent notre société, doivent être la ligne de conduite de l’autorité», a-t-on extrait du texte Alioune Badara Mbengue. L’imam Ahmadou Makhtar Kanté et d’autres guides religieux ont aussi abondé dans le meme sens en recadrant sèchement le ministre de l’Energie.
Face à ce tollé, Birame Souleye Diop sera contraint de repréciser sa position. Comme à son habitude : «Jamais, l’idée ne m’a traversé de tenter par des propos désobligeants, de jeter le discrédit sur une frange d’une quelconque communauté de croyants surtout de musulmans. D’autant que je travaille avec des membres de la communauté sur des projets avec des retombées sociales, économiques et religieuses d’une importance capitale», avait-il fait acte de contrition. On le croyait alors «guéri» des sorties de route dont il a le secret, mais le voilà qui plébiscite l’insulte, qui tente d’inculquer le réflexe de l’injure aux apprenants-«patriotes» de l’UGB…
Mamadou Lamine CAMARA

