A l’UGB, Biram Soulèye Diop enseigne le Droit…à l’insulte
Habitué des propos polémiques, Birame Souleye Diop s’est encore illustré ce week-end en demandant aux militants du Pastef-Les patriotes d’apporter la réplique «par l’injure» à ceux qui insultent le président de la République Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko. Depuis, le ministre de l’Energie se retrouve au cœur d’une grande polémique.
C’est le come-back d’un récidiviste identifié : Birame Souleye Diop a encore créé une polémique. Comme à son habitude, comme à ses habitudes…Le ministre de l’Energie a demandé aux militants du Pastef-Les patriotes, d’apporter la réplique à ceux qui insultent le président de la République, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko par l’injure. «Quiconque insulte Ousmane Sonko, insultez-le en retour ; quiconque insulte le président de la République, insultez-le en retour, car la réplique est permise (Kou saga Ousmane Sonko saga len ko, kou saga président de la République saga len ko, ndakh fayou dagane na, en wolof)», a-t-il demandé aux jeunes militants, avant-hier samedi lors de l’université d’été du Pastef, tenue à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis. «On a construit quelque chose et Dieu nous a donné une expérience qui existe nulle part. On a dirigeant (Ousmane Sonko) dont l’inspiration dépasse les frontières du Sénégal Donc, Dieu nous a déjà donné une victoire», a justifié le ministre sous l’applaudissement des militants. De jeunes passionnés de Sonko et du Pastef, étudiants de surcroît, à qui il enseigne le Droit…à l’insulte dans le temple du savoir que représente l’UGB.
Seydi Gassama, Madiambal Diagne, Akhenaton….recadrent le ministre
Des propos, pour le moins étonnants, sortis de la bouche d’un ministre de la République et d’un haut représentant du parti Pastef, qui ont rapidement suscité une vive polémique sur les réseaux. La vidéo est vite devenue virale, aimantant commentaires passionnés et critiques acerbes. Notamment de l’opposition politique, qui y a vu une belle fenêtre de tirs groupés sur le régime actuel. Madiambal Diagne, proche de Amadou Ba (Nouvelle République), a été l’un des premiers «sniper» à dégainer : «Le ministre Biram Souleye prône les insultes, a -t-il pointé sur X (ex-Twitter). Il est légitime de s’indigner d’autant que le gars a habitué son monde à de tels dérapages. Mais il faut dire qu’il a de qui tenir. De Sonko bien sûr ! Récusons d’abord les saillies du PM Sonko ! Le ministre donne des gages. De bêtises !»
En écho, dans un post publié sur le même réseau social X, Yoro Dia a aussi déploré les propos de Birame Souleye Diop. L’ancien ministre sous Macky Sall, énarque (de Paris) revendiqué, a osé une comparaison peu gratifiante pour le parti au pouvoir : «Pastef et l’État, c’est comme les Mongols à Bagdad : brutalité et vulgarité. L’État ne les anoblira pas.» Yoro Dia fait allusion à la mise à feu de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), qu’il a assimilé à un acte d’obscurantisme. «Si La Lumière était leur Loi, ils n’auraient pas incendié l’UCAD comme les Mongols les Bibliothèques de Bagdad», a accusé le politologue.
L’indignation a débordé du champ politique. Seydi Gassama, Directeur d’Amnesty International, n’a pu ou su réprimer son haut-le-cœur : «Venger l’insulte par l’insulte ne peut que créer l’anarchie et même troubler l’ordre public. Tous les acteurs politiques et sociaux doivent promouvoir un débat public serein et porteur de progrès pour le pays», a dénoncé le défenseur des droits de l’homme sur X.
«Il n’a aucun respect pour les militants de Pastef»
Si certains thuriféraires de Pastef ont défendu leur «ministre», certains demandant aux «patriotes» de ne pas «hurler avec les loups», d’autres sympathisants du parti au pouvoir refusent d’acquiescer ni de s’accommoder de la sortie de Biram Soulèye Diop. Sur sa page Facebook, l’activiste Ousseynou Seck alias Akhenaton, un temps défenseur acharné de Sonko et du camp de Pastef, n’a pas raté le ministre de l’Energie et du pétrole. «Birame Souleye Diop est une catastrophe ! Il doit garder le silence. Il n’a aucun respect pour les militants qu’il invite à insulter», a-t-il fustigé.
Comme si les critiques lui glissaient sur sa peau de «combattant Pastef», comme si le tollé avait un effet dopant sur lui, Birame Soulèye Diop en a rajouté une couche hier dimanche à Thiès. Au cours d’une randonnée pédestre organisée à Thiès, son fief politique, le ministre a insisté sur l’usage des armes non conventionnelles dans la défense inconditionnelle du leader de Pastef : «Ousmane Sonko est notre leader. Alors, nous ne cesserons de le défendre. Ceux qui parlent peuvent continuer à le faire, mais nous ne cesserons de faire face. Gatsa gatsa mooniou indi fii [C’est la confrontation qui nous a menés au pouvoir). Ousmane Sonko et le président Diomaye sont nos leaders, alors nous ne laisserons personne les attaquer. Ce sera toujours œil pour œil, dent pour dent : Gatsa Gatsa rek», a réitéré l’incorrigible Biram Soulèye Diop, en guise de «réponse à ceux qui demandent au camp du pouvoir montrer le bon exemple». Une parole relevée comme un doigt d’honneur à la critique, à la polémique qui s’attache à ses propos jugés «dérangeants» par une frange de l’opinion.
Mamadou Lamine CAMARA

