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UNIVERSITÉS SOUS TENSION: Le SAES hausse le ton et brandit la grève

Réuni samedi 24 octobre 2026 à L’université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), le Secrétariat national du Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (SAES) a dénoncé les difficultés persistantes des universités publiques et les critères dévaluation du CAMES. Il réclame un enseignement supérieur souverain et n’exclut pas de déposer un préavis de grève.

Capacités daccueil dépassées, infrastructures insuffisantes, recrutements gelés et réformes à larrêt : le SAES dresse un tableau préoccupant de la rentrée universitaire. Dans un communiqué rendu public hier, son Secrétariat national, regroupant le Bureau national et les coordonnateurs des universités publiques, interpelle le gouvernement sur les urgences du secteur.
Le syndicat dénonce des quotas de nouveaux bacheliers « dépassant largement les capacités réelles daccueil des campus », imposés, selon lui, par le ministère de tutelle sans convocation de la Commission nationale dorientation des bacheliers. Il déplore également des infrastructures pédagogiques et sociales sous-dimensionnées, dont les livraisons ont été plusieurs fois reportées.
À ces difficultés sajoutent des budgets jugés « non sincères », entraînant le non-reversement des cotisations sociales et des retenues fiscales. Le SAES dénonce aussi le gel de la deuxième vague de recrutement de 500 enseignants-chercheurs, prévue dans le cadre de lengagement gouvernemental de créer 1 500 postes en trois ans.
Le syndicat sinsurge, par ailleurs, contre la précarité des enseignants vacataires, qui représenteraient près de 70% du personnel denseignement et de recherche (PER). Selon lui, leur taux de rémunération na pas été revalorisé depuis la dévaluation du franc CFA, il y a plus de trente ans.

Des comptes exigés sur les ordinateurs et les laboratoires
Concernant les équipements informatiques, le SAES rappelle que sa coordination de lUniversité numérique Cheikh Hamidou Kane avait alerté le ministère, dès le 15 janvier 2026, sur les retards de livraison des ordinateurs et les dysfonctionnements constatés depuis la première commande, en 2014. Elle avait également désapprouvé la décision de verser 250 000 FCFA à chaque étudiant pour lachat dun ordinateur.
Au-delà du programme « Un étudiant, un ordinateur », le syndicat exige que toute la lumière soit faite sur les projets « Espoir Jeunes » et des « 100 laboratoires » équipés, dont les travaux avaient démarré en 2015.

Le CAMES au cur de la contestation
Le SAES rappelle au gouvernement son engagement à uvrer pour la révision du guide dévaluation 2024-2028 du Conseil africain et malgache pour lenseignement supérieur (CAMES), conformément au protocole daccord du 6 janvier 2023. Il reproche à ce guide de multiplier par deux, voire par trois, le nombre darticles et de thèses exigés des candidats, tout en leur imposant dêtre premiers auteurs dans les deux tiers de leurs articles. Selon le syndicat, ces critères privilégient la quantité au détriment de la qualité et découragent la recherche collaborative ainsi que la pluridisciplinarité.
Le SAES estime également que la non-reconnaissance de certains diplômes délivrés par le Sénégal avant 2012 porte atteinte à la souveraineté nationale. Il rappelle que le CAMES tient ses prérogatives dune délégation des États membres et sinterroge sur son refus de reconnaître des diplômes valablement délivrés par ceux-ci.
Le syndicat sinquiète, en outre, de la préparation dun nouveau guide qui durcirait davantage les conditions dévaluation. Il dénonce une « généralisation déguisée de lagrégation » et un contrôle des écoles doctorales susceptible, selon lui, de porter atteinte à lautonomie pédagogique et scientifique des universités.
Lexigence de publications dans des revues indexées, à partir de 2027, pour les candidats de lettres et sciences humaines, de sciences juridiques et politiques ainsi que de sciences économiques et de gestion, pourrait également compromettre la quasi-totalité des candidatures dans ces disciplines, avertit-il.

Une pénurie de professeurs redoutée
Pour le SAES, ces orientations risquent de provoquer une « pénurie artificielle de professeurs » et de réduire les capacités dencadrement. Une perspective dautant plus préoccupante que, selon ses estimations, 45% du corps des professeurs devrait partir à la retraite dici à 2035.
Le syndicat appelle donc lÉtat à mettre en place un système denseignement supérieur souverain et un dispositif dévaluation favorisant la qualité des enseignants-chercheurs. Il nexclut pas de déposer un préavis de grève pour exiger la réforme du CAMES et la création de listes nationales indépendantes.
La Conférence nationale des sections, prévue le 7 novembre 2026 à Ziguinchor, évaluera la situation et définira les actions à mener pour la sauvegarde des universités publiques.

Mame Ndella FAYE