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MERCURE DANS LES PLOMBAGES: Le Sénégal s’engage à éliminer les amalgames dentaires d’ici à 2034

Pays pilote du projet FEMS aux côtés de la Thaïlande et de lUruguay, le Sénégal a clôturé, hier, à Dakar, cette initiative consacrée à la réduction de lusage des amalgames dentaires. Composés denviron 50% de mercure, ces plombages présentent des risques sanitaires et environnementaux. Un projet de décret est en préparation pour accompagner leur élimination dici à 2034, conformément aux engagements pris dans le cadre de la Convention de Minamata.

Le Sénégal prépare sa transition vers une dentisterie sans mercure. Une réunion conjointe sous-régionale africaine et mondiale, consacrée à la réduction de lusage des amalgames dentaires, sest tenue hier à Dakar, dans le cadre de la Convention de Minamata, adoptée en 2013. Selon la conseillère technique n° 1 au ministère de la Santé et de lHygiène publique, cette convention constitue un jalon majeur dans la lutte contre la pollution au mercure et la protection de la santé et de lenvironnement. La professeure Aïda Kanouté a rappelé que les amalgames, longtemps utilisés pour les restaurations dentaires, contiennent environ 50% de mercure élémentaire, associé à un alliage dargent, détain et de cuivre.
Ces matériaux peuvent contribuer à la pollution tout au long de leur cycle de vie, de leur production à leur élimination, en passant par leur pose et leur retrait. Une exposition qui concerne aussi bien les praticiens et les patients que lensemble de la population, a-t-elle souligné, rappelant que lOMS classe le mercure parmi les dix produits ou groupes de produits chimiques les plus préoccupants pour la santé publique. La Pr Kanouté est également revenue sur le drame ayant donné son nom à la Convention : la maladie de Minamata, au Japon.
Cet épisode de pollution industrielle a fait plus de 2 200 victimes officiellement reconnues, avec une létalité de 35%. Les conséquences comprenaient des troubles neurologiques, sensoriels et congénitaux, pouvant aller jusquà la paralysie, au coma et au décès. « Ces dispositions incluent des restrictions sur lutilisation de lamalgame dentaire parmi les groupes les plus vulnérables et préparent les praticiens à abandonner lamalgame dentaire au profit des matériaux sans mercure dici à 2034, comme convenu lors de la COP 6 en 2025 », a expliqué la conseillère technique. Cette ambition sinscrit aussi dans la stratégie mondiale pour la santé bucco-dentaire adoptée par lOMS en 2022-2023 et dans la Déclaration de Bangkok de 2024, dont le Sénégal est signataire.

Une transition à accélérer en Afrique
Pour lOMS, les progrès restent insuffisants sur le continent. « En 2024, seuls 13% des pays de la Région africaine de lOMS avaient atteint la cible de réduction ou délimination progressive des amalgames dentaires, contre 31% au niveau mondial. Nous devons accélérer », a alerté le Dr Yao NDa Konan Michel, chef de file des partenaires techniques et financiers de la santé au Sénégal, sexprimant au nom de lorganisation.
Choisi comme pays pilote, le Sénégal a enregistré plusieurs avancées grâce au projet FEMS, intitulé « Accélération de la mise en uvre des dispositions relatives à lamalgame dentaire ». La Pr Kanouté a notamment cité la mise en place dun mécanisme de coordination multisectoriel réunissant la santé, lenvironnement, le commerce, les douanes et lenseignement supérieur. À cela sajoutent lexpérimentation de séparateurs damalgames sur les fauteuils dentaires et la formation des professionnels. « Ces résultats démontrent que la transition est possible et quelle peut être menée de manière progressive et inclusive », a-t-elle soutenu.

Un projet de décret pour encadrer le mercure
Sur le plan réglementaire, le directeur de la réglementation environnementale et du contrôle au ministère de lEnvironnement, Baba Dramé, a annoncé la préparation dun dispositif national. « Lun des acquis majeurs est lélaboration dun projet de décret encadrant le mercure et les produits qui en contiennent, avec des dispositions spécifiques relatives aux amalgames dentaires, ainsi que la préparation des textes dapplication », a-t-il indiqué.
Selon lui, des instructions fermes ont été données pour présenter ce projet au cours de latelier, recueillir les dernières contributions et transmettre rapidement une version consolidée en vue de sa finalisation et de son adoption. Baba Dramé a insisté sur la responsabilité politique, sanitaire et environnementale quimpose la lutte contre cette pollution. « Elle nous impose dagir à la source, de prévenir les risques et de protéger durablement les populations, mais également les générations futures », a-t-il déclaré.

Garantir des alternatives accessibles
La Pr Kanouté a toutefois rappelé que cette évolution ne devait pas se faire au détriment des patients. « Nous devons rester vigilants pour rendre les alternatives aux amalgames dentaires accessibles et abordables pour toutes les couches de la population », a-t-elle insisté, plaidant pour une démarche fondée sur la justice et léquité. La feuille de route prévoit dintensifier les campagnes de sensibilisation à la prévention et à lhygiène bucco-dentaire, de renforcer la formation des chirurgiens-dentistes et de faciliter laccès aux matériaux sans mercure. Elle comprend également la collecte et la gestion sécurisée des déchets damalgames.
LOMS a réaffirmé sa disponibilité à accompagner le Sénégal dans cette nouvelle étape. « La clôture de ce projet ne doit pas marquer la fin de notre engagement. Elle doit marquer le passage du projet à la politique publique, de lexpérimentation à la mise à léchelle, et de la réduction à lélimination », a conclu son représentant.

Viviane DIATTA