Société

INONDATIONS ET RENTRÉE SCOLAIRE 2026-2027: Saint-Louis et Kaolack en première ligne, la banlieue dakaroise sous menace

Le report de la rentrée scolaire au 12 octobre ne suffira pas à résoudre la vulnérabilité des établissements face aux inondations. Dans une contribution fondée sur une cartographie actualisée en 2025, la COSYDEP plaide pour des réponses durables : relocalisation des écoles les plus exposées, amélioration du drainage, préparation aux crises et adaptation du calendrier scolaire aux réalités locales.

Des écoles inondées, des voies d’accès impraticables, du matériel pédagogique détérioré et des établissements occupés par des familles sinistrées : les fortes pluies compromettent une nouvelle fois les conditions de reprise des enseignements. Face à cette situation, la Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (COSYDEP) exprime sa « profonde préoccupation » et appelle à une mobilisation dépassant les interventions ponctuelles.

Dans son document consacré à l’éducation en situation d’urgence, la Coalition prend acte du report de la rentrée scolaire au 12 octobre 2026. Ce décalage de trois jours ouvrables doit, selon elle, permettre aux enseignants de poursuivre leur préparation pédagogique et aux services déconcentrés, aux collectivités territoriales ainsi qu’aux communautés scolaires d’achever la remise en état des établissements.

La COSYDEP demande que ce délai soit effectivement consacré à l’amélioration des conditions d’accueil, de sécurité, d’hygiène et de protection. Elle souhaite également que l’échéance du 12 octobre soit accompagnée d’un dispositif de suivi pour vérifier les conditions d’une reprise effective et organiser des alternatives éducatives là où les difficultés persistent.

Saint-Louis et Kaolack particulièrement exposés

Pour étayer son plaidoyer, la Coalition s’appuie sur une cartographie engagée en 2009 avec l’UNICEF, puis actualisée en 2025 en collaboration avec le ministère de l’Éducation nationale. Le périmètre présenté couvre la région de Dakar ainsi que les départements de Saint-Louis et de Kaolack. Les résultats constituent donc un diagnostic territorial des risques, plutôt qu’un décompte national des établissements touchés par les dernières pluies.

Dans les zones étudiées, Saint-Louis présente la proportion la plus élevée d’écoles classées à haut ou très haut risque, avec 46,8%. Kaolack suit avec 33,5%, tout en concentrant la plus forte proportion d’établissements dans la catégorie rouge, correspondant aux écoles régulièrement inondables. À Dakar, la proportion d’écoles à haut risque atteint 17,4%.

Ces différences traduisent des vulnérabilités propres à chaque territoire. À Saint-Louis, la proximité du fleuve et de l’océan, les remontées de la nappe phréatique et les débordements exposent particulièrement les établissements. À Kaolack, les risques sont principalement associés aux marigots et au réseau fluvial.

Dans la région de Dakar, les zones les plus sensibles se concentrent notamment dans la banlieue, où l’urbanisation mal régulée et les insuffisances du drainage aggravent l’exposition des écoles. Le rapport relève également les effets du remblaiement anarchique, de l’accumulation des déchets et de l’obstruction des voies naturelles d’évacuation des eaux.

Des perturbations qui dépassent la fermeture des classes

Les conséquences pédagogiques sont importantes. Selon les résultats rapportés par la COSYDEP, 88% des épisodes d’inondation étudiés durent plus de deux semaines. Parmi les principales conséquences signalées figurent la réduction du temps d’enseignement, à hauteur de 58,7%, la détérioration du matériel pédagogique, à 44,6%, et la suspension complète des cours, à 21,7%.

L’impact ne se limite toutefois pas aux établissements submergés. La Coalition distingue plusieurs catégories d’élèves affectés : ceux dont les maisons sont inondées, ceux dont les écoles sont touchées, ceux qui rencontrent des difficultés de déplacement et ceux dont les établissements servent de lieux d’hébergement aux sinistrés.

Cette situation favorise les retards, les absences et les transferts vers d’autres écoles. Elle peut aussi accroître les risques d’abandon lorsque les familles, fragilisées par les pertes matérielles ou contraintes de déménager, ne parviennent plus à assurer une fréquentation régulière.

À ces perturbations s’ajoutent les problèmes de salubrité. L’humidité persistante, la dégradation des locaux et l’occupation prolongée de certains établissements compliquent le retour à des conditions d’apprentissage satisfaisantes. La COSYDEP recommande ainsi un suivi sanitaire particulier dans les écoles affectées.

Relocaliser les écoles les plus vulnérables

Pour la Coalition, la récurrence des inondations impose des décisions structurelles. Elle préconise une planification rigoureuse et budgétisée de la relocalisation des établissements les plus exposés vers des sites non inondables. Le choix de ces terrains devrait intégrer des critères hydrogéologiques afin d’éviter de reproduire les mêmes vulnérabilités.

Dans les écoles pouvant être maintenues sur leurs sites, les priorités portent sur l’amélioration des réseaux de drainage, l’entretien régulier des canalisations, la surélévation des bâtiments et le pavage des cours. Le rapport recommande également l’utilisation de matériaux adaptés aux milieux humides.

La COSYDEP appelle, en parallèle, à prévoir des solutions d’hébergement pour les populations sinistrées afin que la gestion des crises ne repose pas durablement sur l’occupation des établissements scolaires. L’enjeu est de répondre aux besoins de protection des familles tout en préservant la continuité des enseignements.

Préparer chaque établissement à la crise

Sur le plan organisationnel, la Coalition propose la création de comités locaux de gestion des risques. Chaque établissement devrait disposer d’un plan de contingence comprenant un dispositif d’alerte précoce et l’identification de sites d’accueil alternatifs. 

La formation des équipes pédagogiques et des communautés à la gestion des risques et aux premiers secours figure également parmi les recommandations. Le secteur privé local et les personnalités sont invités à contribuer aux besoins matériels et logistiques.

Pour les élèves directement ou indirectement touchés, la COSYDEP demande un accompagnement spécifique, associant soutien pédagogique et dotation en fournitures scolaires. Elle préconise aussi la sécurisation numérique des données scolaires pour limiter les pertes d’informations lors des sinistres.

Adapter le calendrier aux réalités locales

Au-delà de la rentrée actuelle, le rapport ouvre une réflexion sur l’organisation de l’année scolaire. La COSYDEP recommande de renoncer à un calendrier uniforme au profit de rentrées graduées, différenciées et adaptées au niveau d’exposition de chaque secteur géographique.

Cette proposition vise à mieux articuler la sécurité des élèves et la continuité pédagogique. Dans les zones encore affectées, la Coalition estime d’ailleurs qu’une école sécurisée, fonctionnelle et correctement préparée peut offrir aux enfants une meilleure protection que des maisons, des rues ou des espaces publics toujours exposés aux eaux.

« Tout ce qui affecte la société affecte l’école », rappelle la COSYDEP. Son plaidoyer invite ainsi les pouvoirs publics à inscrire la protection des établissements dans les politiques d’aménagement, d’assainissement et de prévention des risques. Car, au-delà du report de quelques jours, c’est la capacité du système éducatif à résister aux crises récurrentes qui est en jeu. 

Mame Ndella FAYE