Société

LÉANDRE KINDY COLY, RESCAPÉ DU JOOLA: « Je me suis laissé couler trois fois, Dieu m’a ramené trois fois »

Piégé dans le restaurant du Joola lorsque le navire a chaviré, Léandre Kindy Coly a réussi à s’échapper par un hublot avant de se retrouver seul dans l’océan. Trois fois, épuisé, il s’est laissé couler. Trois fois, il est remonté à la surface. Vingt-quatre ans après le naufrage du 26 septembre 2002, cet ancien militaire, l’un des 64 rescapés, raconte la nuit où il a survécu et les cauchemars qui l’accompagnent encore.

À l’approche de chaque commémoration, la tristesse revient. Léandre Kindy Coly pense aux victimes du Joola, à leurs familles, et prie pour le repos de leur âme. Vingt-quatre ans après le naufrage, cette nuit reste présente dans sa mémoire. Militaire au moment du drame, il se trouvait dans le restaurant du navire lorsque celui-ci a chaviré, vers 23 heures. 

« J’étais piégé à l’intérieur du navire, au niveau du restaurant, le bateau s’étant retourné en moins de quinze minutes », raconte-t-il. Alors que l’eau envahissait les lieux, il est parvenu à sortir par un hublot. Dehors, il s’est retrouvé seul, au milieu de l’océan, dans l’obscurité, sous la pluie, les éclairs et le tonnerre.

À bout de forces, il s’est laissé couler. « À trois reprises, j’ai eu la force, peut-être dans les dernières secondes de vie, de revenir à la surface », confie-t-il. Après sa troisième remontée, il a entendu des voix. Il s’est dirigé vers elles et a rejoint un groupe de survivants accrochés à un radeau qui ne s’était pas encore déployé.

Plus de trois heures accrochés au radeau

Le groupe est resté plus de trois heures dans l’eau. Certains, épuisés, n’ont pas pu tenir. Vers 4 heures du matin, avec l’aide d’un marin qui les avait rejoints, les rescapés sont parvenus à détacher la corde du radeau. Une fois celui-ci déployé, ils sont montés à bord et ont allumé les fusées de détresse trouvées à l’intérieur.

Léandre Kindy Coly se souvient ensuite d’un bruit de moteur : une pirogue approchait. À l’aide d’un sifflet et d’une torche également trouvés dans le radeau, les survivants ont attiré l’attention des pêcheurs. Ceux-ci leur ont demandé s’ils étaient à l’origine du signal. Ils ont répondu oui, puis expliqué que Le Joola avait chaviré la veille au soir. Interrogés sur la présence d’autres survivants, ils ont indiqué avoir entendu des cris dans l’obscurité, sans pouvoir en déterminer la provenance.

Des séquelles toujours présentes

L’ancien militaire a survécu, mais le souvenir de cette nuit ne l’a jamais quitté. « Cette tragédie restera à jamais dans ma conscience. De fréquents cauchemars me hantent. Parfois, il suffit que j’entende parler d’un accident ou d’un chavirement pour que tout me revienne. Les séquelles sont quotidiennes », témoigne-t-il.

Léandre Kindy Coly dit avoir bénéficié d’une prise en charge en tant que militaire. À chaque anniversaire du naufrage, ses pensées vont à celles et ceux qui ont péri, ainsi qu’aux familles qui vivent toujours avec leur absence.

Viviane DIATTA