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Sénégal : Le serment de la pirogue !Par Ibrahima NDOYE

HOMMAGE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE BASSIROU DIOMAYE DIAKHAR FAYE À SON PRÉDÉCESSEUR MACKY SAL, SUR FRANCE 24 ET RFI

Sénégal : Le serment de la pirogue !

Par Ibrahima NDOYE
– Vice-Président Conseil Départemental Thiès*
– Ancien Ministre

Ce jeudi 24 septembre, sous le ciel immense de New York, la pirogue sénégalaise a glissé sur les eaux du monde avec une grâce qui donne le frisson.

« Qui de mieux aujourd’hui pour défendre une meilleure place de l’Afrique ? », a-t-on entendu marteler le Président de la République du Sénégal Bassirou Diomaye Faye aux micros de Rfi et France 24. Une phrase comme un coup de vent pur, qui balaie la poussière des rancunes pour ne garder que la majesté du large.

Il est des instants de grâce où le ressac de la politique politicienne s’apaise, laissant place au grand fleuve de l’Histoire. Ce moment suspendu où la parole, lavée de l’écume des rancœurs, retrouve sa fonction sacrée : guider un destin commun.

En portant devant l’autel des Nations unies le nom de son prédécesseur, Macky Sall, pour présider aux destinées du monde, le président Bassirou Diomaye Faye n’a pas seulement posé un acte de haute diplomatie, il a écrit un poème républicain à fendre l’armure des plus sceptiques

Il a rappelé au monde que le Sénégal est un navire de haute mer, gouverné par une boussole morale invisible que les tempêtes ne sauraient faire perdre.

Pour mesurer la charge émotionnelle de ce geste, il faut se souvenir des grains violents qui ont secoué notre embarcation ces dernières années. Il faut se rappeler les nuits d’encre où les vagues menaçaient de faire chavirer la pirogue nationale.

L’un tenait fermement la barre du pouvoir, l’autre subissait l’épreuve des cales et de la captivité. Le face-à-face était total, d’une intensité presque tragique, comme le choc de deux courants contraires à l’embouchure du fleuve Sénégal.

Ce miracle n’appartient pas aux calculs froids des chancelleries. C’est le battement de cœur secret du Sénégal.

Chez nous, la patrie est une barque sacrée : on peut se disputer la rame dans la tempête, mais face à l’immensité de la mer, il n’y a plus qu’un seul équipage. Cet esprit de tolérance, c’est le produit du sang noble qui coule dans les veines de notre histoire.

C’est l’écho de Lamine-Guèye s’effaçant avec une élégance souveraine pour laisser le jeune Léopold Sédar Senghor inventer le royaume de l’enfance et le rendez-vous du donner et du recevoir.

C’est la larme retenue d’Abdou Diouf en l’an 2000, tendant les clés du palais à son rival de toujours, Abdoulaye Wade, préférant la paix des foyers aux incendies de la défaite.

C’est le souvenir de Macky Sall lui-même, brisant les chaînes de la discorde pour retrouver le bras de son vieux mentor Wade sous les ovations d’un peuple soulagé.

Tous ont connu les nuits orageuses où la mer démontée menaçait de tout engloutir. Tous ont eu les mains en sang sur le gouvernail. Mais tous ont su écouter le chant des sirènes du patriotisme plutôt que les sirènes de la vengeance.

Pourtant, la beauté de ce geste porte en elle une blessure qu’il faut guérir chez nous.

Au-delà des lambris new-yorkais, les mots du président Faye sonnent comme une prière de réconciliation adressée à tout un chacun de nous mais surtout à sa famille politique, sa propre demeure. C’est un appel vibrant au dépassement, jeté au visage de ces décideurs publics qui, pour la plupart, ivres du triomphe du 24 mars 2024, ont distillé le poison d’un sectarisme dangereux.

Durant presque deux années, une digue invisible avait tenté de diviser notre peuple : d’un côté les « bons », parés de l’aube des vainqueurs ; de l’autre les « mauvais », condamnés à l’exil intérieur pour avoir servi l’ancien régime. Les stigmates de la division et de la fracture sociale restent encore vivaces et visibles malgré la volonté encore timide de limiter les conséquences fâcheuses.

En enveloppant son devancier de la pourpre de l’État, Bassirou Diomaye Faye vient de briser ce miroir trompeur. Il rappelle aux siens que la République n’est pas un butin que l’on partage, mais un sanctuaire que l’on protège. On ne bâtit pas un nouveau monde sur les débris du frère que l’on exclut.

En honorant l’adversaire d’hier, le chef de l’État ordonne de poser les armes de l’esprit. Qu’ils semblent petits et dérisoires, désormais, les clapotis de nos guerres de tranchées.

Les enjeux sont énormes et l’image pétillante d’un Sénégal réconcilié avec lui-même vaut tous les efforts, toutes les stratégies salvatrices adossées à nos valeurs historiques.

À Macky Sall incombera peut-être la lourde tâche de consoler une humanité blessée au chevet de l’ONU. À Bassirou Diomaye Faye appartient déjà la splendeur d’avoir recousu le cœur de son propre pays.

Le linge de nos larmes s’est noyé dans l’Atlantique. Devant l’univers, le Sénégal ne s’est pas seulement levé comme une grande démocratie : il s’est révélé comme une âme.

Par Ibrahima NDOYE