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DOCTEUR PIERRE-MARIE NIANG, DOMINICAIN: Ce que le Maouloud dit au christianisme

À l’occasion du Maouloud, célébré ce mardi au Sénégal par des millions de fidèles musulmans, le dominicain Docteur Pierre-Marie Niang interroge les origines de cette fête ainsi que les résonances chrétiennes du terme arabe qui la désigne. Il revient également sur les divergences qu’elle suscite entre confréries soufies et courants réformistes, avant de souligner sa proximité linguistique avec la Nativité de la Vierge Marie. Un éclairage précieux pour le dialogue islamo-chrétien en terre sénégalaise.

Le Mawlid ou Maouloud commémore la naissance du Prophète Mouhamed (PSL), traditionnellement située le 12 du mois de Rabīʿ al-Awwal, troisième mois du calendrier musulman. Également appelée Mawlid al-Nabī, « naissance du Prophète », cette fête occupe aujourd’hui une place importante dans de nombreux pays musulmans, malgré l’opposition de certains oulémas.

Selon le docteur Pierre-Marie Niang, prêtre dominicain, les différentes célébrations organisées à cette occasion traduisent avant tout un profond attachement et une grande dévotion envers la personne du Prophète Mouhamed. Le Mawlid est particulièrement célébré par les confréries soufies ou tariqas, terme arabe signifiant « voie ». Certains partisans d’un islam réformiste, notamment des courants salafistes, le condamnent toutefois, considérant cette célébration comme une innovation religieuse ou bid‘a. Cette divergence doctrinale est notamment évoquée dans le Dictionnaire historique de l’islam, publié en 1996.

Le dominicain relève également une proximité linguistique significative avec la tradition chrétienne. Le terme « Mawlid » est ainsi employé pour désigner la Nativité de la Vierge Marie, célébrée le 8 septembre. En revanche, dans le monde arabe chrétien, la naissance du Christ, célébrée à Noël, est généralement désignée par l’expression Mīlād ar-Rabb, qui signifie « la naissance du Seigneur ». Le prénom Mīlād, fréquent chez les chrétiens arabes, renvoie d’ailleurs directement à cette idée de naissance ou de Nativité.

À travers ce rapprochement linguistique, le docteur Pierre-Marie Niang met en lumière un espace de compréhension mutuelle entre musulmans et chrétiens, sans nier les différences qui fondent chacune des deux religions. Comme le rappelle l’expression wolof : « Yoon yi du benn », autrement dit, les chemins ne sont pas les mêmes. Une distinction essentielle qui n’empêche ni le respect réciproque ni le dialogue islamo-chrétien.

Viviane DIATTA