Société

RISQUES D’INONDATIONS AUX PARCELLES ASSAINIES: Les riverains prennent déjà leurs précautions

Aux Parcelles Assainies, l’hivernage ne rime pas seulement avec pluie. Pour de nombreux habitants, il annonce surtout le retour des inondations, des eaux usées, des nuits blanches et des dégâts matériels. Conscientes des difficultés qui les attendent, plusieurs familles ont déjà commencé à prendre les devants en procédant à la vidange des fosses septiques, au nettoyage des caniveaux et au renforcement des entrées de leurs habitations.

À Dakar, les premières pluies sont déjà tombées, annonçant le début de la saison hivernale. Si certains accueillent cette période avec soulagement, les habitants des quartiers régulièrement touchés par les inondations, notamment aux Parcelles Assainies, la redoutent. Dans cette commune populaire, chaque hivernage ramène son lot de difficultés. Les eaux de pluie, souvent mélangées aux eaux usées, envahissent les rues et rendent les déplacements particulièrement pénibles. Les habitants sont contraints de contourner les flaques, de marcher dans l’eau ou d’improviser des passages pour rejoindre leur domicile ou leur lieu de travail.
Pour limiter les dégâts cette année, plusieurs familles n’ont pas attendu les fortes précipitations. Elles ont vidé leurs fosses septiques, retiré les déchets accumulés dans les égouts et effectué divers travaux de prévention. À l’intersection des unités 15, 16 et 19, en direction de HLM Grand Médine, les riverains savent déjà ce qui les attend. À chaque forte pluie, ce carrefour se transforme en véritable lac, l’eau pénétrant jusque dans certaines maisons. Pour s’en protéger, plusieurs habitants ont construit de petits murets ou installé des sacs de sable et des blocs de béton devant leurs portes afin de freiner la montée des eaux.
Au-delà des dégâts matériels, les populations craignent également les conséquences sanitaires. La prolifération des moustiques favorise les cas de paludisme, tandis que les eaux stagnantes augmentent les risques de maladies de peau et d’infections. Dans plusieurs concessions, les spirales antimoustiques, communément appelées « Garabou yo », sont déjà allumées chaque soir. Les familles se procurent également des moustiquaires pour protéger les enfants, particulièrement vulnérables.

« Depuis des années, rien ne change »
Assis devant sa maison à l’unité 16, Cheikh Diop ne cache pas son exaspération. « Au niveau des routes, il manque des canalisations. C’est pourquoi elles se dégradent à chaque hivernage. Depuis des années, notre quartier est inondé, mais l’ONAS n’arrive toujours pas à régler le problème », déplore-t-il.
S’il reconnaît que la mairie n’est pas directement compétente en matière d’assainissement, il estime qu’elle doit davantage défendre les préoccupations des habitants auprès de l’Office national de l’assainissement du Sénégal (ONAS). « La mairie peut porter notre combat auprès de l’ONAS afin que des solutions durables soient trouvées. Les inondations paralysent nos activités et nous font vivre dans l’angoisse permanente », insiste-t-il. Pour éviter d’être pris au dépourvu, sa famille a déjà procédé à la vidange de la fosse septique en prévision des fortes pluies.

Des habitants marqués par les précédents hivernages
Dans le même quartier, une étudiante, qui préfère garder l’anonymat et se présente sous les initiales M. F., garde encore un mauvais souvenir de l’hivernage précédent. « L’année dernière, les eaux usées refoulaient jusque dans notre maison. Nous étions obligés de les évacuer nous-mêmes. Nous sommes même tombés malades à cause des mauvaises odeurs et du contact permanent avec ces eaux sales », raconte-t-elle.
Cette année, sa famille a décidé d’anticiper. « Nous avons vidé les égouts et construit un petit mur devant la maison pour empêcher l’eau de pénétrer. Beaucoup de familles vivent une situation très difficile. Quand il pleut la nuit, certains ne dorment pas et passent leur temps à surveiller la montée des eaux. Nous avons vraiment besoin de l’aide des autorités », confie-t-elle.

Le même calvaire aux unités 13 et 14
Quelques kilomètres plus loin, aux unités 13 et 14, le constat est identique. Résidente à l’unité 14, Oumou Diallo affirme vivre chaque hivernage dans un stress permanent. « À chaque pluie, nous devons évacuer l’eau avec nos propres moyens. C’est éprouvant physiquement et mentalement. Pendant toute la saison des pluies, nous ne dormons jamais sereinement », explique-t-elle.
Les dégâts, dit-elle, sont considérables. Elle explique que « l’eau atteint parfois un niveau tel qu’une grande partie de notre mobilier est détériorée. Les voisins qui sont épargnés viennent souvent nous aider, quelle que soit l’heure de la nuit. Cette solidarité nous permet de tenir ».
Au-delà des pertes matérielles, elle insiste sur les conséquences psychologiques. Selon elle, « certaines familles finissent par abandonner leur maison parce qu’elles n’ont plus les moyens de réparer les dégâts. Elles sont contraintes de vendre ou d’aller louer ailleurs. C’est extrêmement difficile moralement ».
Face à cette réalité, les habitants disposent de peu de solutions. « Quand l’eau envahit la maison et que les toilettes refoulent, nous demandons simplement aux enfants de monter sur les lits ou les fauteuils. Une fois l’eau évacuée, nous leur faisons prendre une douche et nous lavons leurs pieds avec de l’eau javellisée pour limiter les risques de maladies de peau », renseigne cette mère de famille.
En attendant les fortes pluies annoncées pour les prochaines semaines, les habitants des Parcelles Assainies retiennent leur souffle. Entre travaux de fortune, mesures préventives et appels répétés aux autorités, ils espèrent cette fois échapper à un scénario qui se répète, année après année. Pour beaucoup, seule une solution durable en matière d’assainissement permettra enfin de tourner la page des inondations récurrentes.

Aissatou Mbène COULIBALY