MORTALITÉ MATERNELLE AU SÉNÉGAL: L’hémorragie du post-partum à l’origine de 40% des décès
La mortalité maternelle demeure un défi majeur au Sénégal, malgré les progrès enregistrés ces dernières années. Selon les dernières données de surveillance présentées par le Directeur de la Santé de la Mère et de l’Enfant, Dr Amadou Doucouré, 40% des décès maternels sont liés à l’hémorragie du post-partum. Face à cette situation, les autorités sanitaires comptent renforcer la disponibilité du sang et déployer de nouveaux dispositifs de prise en charge, parallèlement à la mise en œuvre de la stratégie du Global Financing Facility (GFF) 2026-2030.
L’hémorragie du post-partum reste la première cause de mortalité maternelle au Sénégal. Le constat a été dressé par le directeur de la Direction de la Santé de la Mère et de l’Enfant (DSME), Dr Amadou Doucouré, lors de l’atelier de pilotage de la santé de la mère, de l’enfant, de l’adolescent et du jeune. Selon lui, les dernières données issues de la surveillance des décès maternels montrent que 40% des décès enregistrés sont liés à l’hémorragie du post-partum. Une situation qui remet au premier plan la question de la disponibilité du sang et de la rapidité de la prise en charge des urgences obstétricales.
Pour y faire face, Dr Doucouré insiste sur la nécessité de disposer de banques et de dépôts de sang ainsi que de centres régionaux de transfusion sanguine suffisamment opérationnels dans les différentes régions du pays. « Nous sommes en train de déployer tout un arsenal composé de médicaments et de dispositifs pour prendre en charge correctement ces femmes », explique-t-il. La DSME prévoit notamment la mise à disposition de pantalons antichocs, destinés à stabiliser les patientes victimes d’hémorragies sévères avant leur évacuation vers une structure adaptée.
Les protocoles et documents de référence ont également été révisés. Un programme de renforcement des capacités du personnel de santé doit accompagner le déploiement de ces nouveaux dispositifs. Pour Dr Doucouré, ces mesures devraient contribuer à réduire davantage la mortalité maternelle.
La santé maternelle érigée en priorité
Présidant la rencontre, le secrétaire général du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, Leroux Dramé, a rappelé la place accordée à la santé dans les priorités nationales de développement, particulièrement la prise en charge de la mère et de l’enfant. D’après lui, l’amélioration des conditions de vie et de santé des femmes et des filles contribue non seulement au bien-être des populations, mais également à la productivité et à la croissance économique.
Pour matérialiser cette ambition, le gouvernement, avec l’appui des partenaires techniques et financiers, entend poursuivre les efforts visant à garantir aux populations vulnérables un accès équitable à des soins de qualité et financièrement accessibles.
« Aucune femme, aucun enfant ne doit mourir de causes évitables »
Leroux Dramé a également mis l’accent sur la nouvelle stratégie du Global Financing Facility (GFF) 2026-2030, appelée à accompagner les politiques nationales en matière de santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et adolescente. Cette stratégie vise notamment à élargir et pérenniser l’accès à des soins de santé primaire de qualité et abordables, tout en renforçant l’autonomie, la résilience et la durabilité des systèmes de santé.
« Aucune femme, aucun enfant, aucun adolescent ne doit mourir de causes évitables. Notre responsabilité commune est de mettre en œuvre des politiques ayant un impact réel sur la vie de chaque mère, de chaque enfant et de chaque adolescent de notre pays, quels que soient leur lieu de résidence ou leur statut socio-économique », a-t-il déclaré.
Des progrès, mais des défis toujours importants
Le représentant résident de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Dr N’da Konan Michel Yao, a pour sa part salué les avancées réalisées par le Sénégal. « Au cours de la dernière décennie, souligne-t-il, le pays a enregistré une baisse de la mortalité maternelle et néonatale ». Des résultats qui traduisent, selon lui, l’engagement de l’État, des collectivités territoriales, des communautés et des partenaires.
Mais les acquis restent fragiles. Les inégalités d’accès aux soins, la qualité des services, la mortalité maternelle et néonatale encore élevée, la malnutrition, la vulnérabilité des adolescents ainsi que les contraintes liées au financement et aux ressources humaines figurent toujours parmi les principaux défis.
« Au regard des ambitions nationales et des cibles des Objectifs de développement durable, nous devons collectivement accélérer l’action, mieux coordonner nos interventions et concentrer davantage nos ressources là où les besoins sont les plus critiques », recommande le représentant de l’OMS.
Pour l’organisation onusienne, le renforcement de la coordination et du pilotage constitue désormais un levier essentiel pour mieux aligner les interventions sur les priorités nationales et optimiser l’utilisation des ressources disponibles.
Viviane DIATTA

