GRAND MBAO ET KEUR MBAYE FALL: Trois jours sans eau, le calvaire silencieux des ménages
Depuis plusieurs jours, les quartiers de Grand Mbao et de Keur Mbaye Fall vivent une pénurie d’eau qui bouleverse profondément le quotidien des habitants. Robinets à sec, longues marches à la recherche d’un point d’eau, dépenses imprévues et inquiétudes sanitaires rythment désormais la vie de milliers de familles. Reportage au cœur d’une crise qui rappelle combien l’accès à l’eau potable demeure un enjeu vital.
Les robinets restent obstinément muets. Pas une goutte d’eau ne coule depuis trois, parfois quatre jours. À Grand Mbao comme à Keur Mbaye Fall, les gestes les plus ordinaires sont devenus de véritables défis : préparer le repas, faire la toilette des enfants, laver le linge ou simplement remplir une marmite.
Dès les premières lueurs du jour, les rues s’animent d’un étrange ballet. Des femmes, des enfants et même des personnes âgées arpentent les ruelles, bidons jaunes, bassines et seaux à la main. Tous sont en quête du précieux liquide.
Autour des rares puits, forages ou bornes-fontaines encore en service, les files d’attente s’allongent rapidement. Les regards sont fatigués, les conversations tournent autour d’une seule préoccupation : trouver quelques litres d’eau avant la rupture.
« Nous n’avons pas vu une goutte d’eau sortir du robinet depuis trois jours. Nous passons nos journées à chercher de quoi cuisiner, laver les enfants et faire la lessive », raconte une mère de famille de Grand Mbao, le visage marqué par la fatigue.
À Keur Mbaye Fall, le décor est identique. Certains habitants parcourent plusieurs kilomètres pour remplir quelques bidons. D’autres, faute de mieux, se résignent à acheter de l’eau auprès de revendeurs improvisés, à des tarifs largement supérieurs aux prix habituels.
Une crise qui frappe durement les budgets familiaux
Cette pénurie a également un coût financier. Dans des ménages déjà confrontés à la hausse du coût de la vie, chaque bidon acheté représente une dépense supplémentaire. Plusieurs familles confient devoir arbitrer entre l’achat d’eau et d’autres besoins essentiels. Pour beaucoup, cette situation accentue une précarité déjà bien installée.
L’hygiène sacrifiée
Au-delà des difficultés économiques, l’inquiétude grandit sur le plan sanitaire. Sans eau potable, maintenir une bonne hygiène devient quasiment impossible. Le lavage des mains se fait rare, la vaisselle s’accumule et le nettoyage des habitations est réduit au strict minimum.
Les parents redoutent surtout les conséquences sur la santé des jeunes enfants. Les professionnels de santé rappellent que les pénuries prolongées favorisent les maladies liées au manque d’hygiène et à la consommation d’une eau de mauvaise qualité.
Les femmes contraintes de recourir à des pompes insalubres
Face à l’absence d’eau courante, de nombreuses femmes n’ont d’autre choix que de se tourner vers des pompes et des puits dont les conditions d’hygiène sont parfois préoccupantes.
Dès l’aube, elles patientent durant des heures autour de ces points d’eau de fortune. Sur certains sites, les alentours sont envahis par la boue, les eaux stagnantes et les déchets. Les installations, souvent vétustes et mal entretenues, ne garantissent aucune sécurité sanitaire.
« Nous savons que cette eau n’est pas toujours propre, mais nous n’avons pas d’autre solution. Les enfants doivent boire, se laver et manger », souffle une habitante, résignée.
Pour les spécialistes, le recours à ces sources non contrôlées augmente considérablement les risques de maladies diarrhéiques, de fièvre typhoïde, de choléra et d’autres infections d’origine hydrique.
Dans cette crise, les femmes paient le plus lourd tribut. Elles portent la responsabilité de trouver l’eau, d’assurer les tâches ménagères et de préserver tant bien que mal la santé de leurs familles.
Des activités économiques au ralenti
Les conséquences dépassent largement le cadre domestique. Restaurants, gargotes, salons de coiffure, blanchisseries ou encore petits commerces fonctionnent au ralenti.
Faute d’eau, certains commerçants ont réduit leurs horaires d’ouverture, tandis que d’autres ont temporairement suspendu leurs activités, incapables d’accueillir leur clientèle dans des conditions normales.
Des habitants en attente d’explications
Dans les quartiers concernés, la colère monte. Beaucoup d’habitants reprochent à la SEN’EAU un manque de communication sur les causes et la durée de cette interruption. Pourtant, l’entreprise avait publié un communiqué dès mercredi pour informer d’une perturbation du réseau liée à des travaux ou à un incident technique.
Sur le terrain, plusieurs riverains reconnaissent toutefois ne pas avoir eu connaissance de cette information, faute d’avoir consulté les canaux de communication de la société.
Cette situation met en évidence le défi de la diffusion de l’information en période de crise : publier un communiqué ne suffit pas toujours à atteindre l’ensemble des populations concernées. En attendant un retour à la normale, le découragement gagne les habitants.
À Grand Mbao comme à Keur Mbaye Fall, chaque heure passée sans eau rappelle à quel point cette ressource conditionne tous les aspects de la vie quotidienne. Derrière les robinets vides se cache une réalité plus profonde : celle de familles contraintes de réorganiser toute leur existence autour d’un bien aussi élémentaire qu’indispensable. Pour elles, l’urgence n’est plus seulement de comprendre les raisons de la coupure, mais surtout de retrouver, au plus vite, un accès régulier à une eau potable, sûre et accessible.
Adama AIDARA

