MINÉRAUX CRITIQUES : Le Sénégal prépare sa révolution minière
Le Sénégal engage une nouvelle étape dans la valorisation de ses ressources naturelles. Le gouvernement a officiellement lancé, mardi à Dakar, les travaux d’élaboration de la Stratégie nationale sur les minéraux critiques, un document appelé à orienter la politique minière du pays face aux nouveaux enjeux de la transition énergétique, de la révolution numérique et de l’industrialisation.
Conduite avec l’appui technique du Forum intergouvernemental sur l’exploitation minière, les minéraux, les métaux et le développement durable (IGF), cette initiative vise à identifier les ressources stratégiques du sous-sol sénégalais et à définir les conditions d’une exploitation créatrice de valeur, d’emplois et de recettes durables.
Déjà reconnu comme un important producteur d’or, de zircon et de phosphates, le Sénégal dispose également d’un potentiel prometteur en terres rares, lithium, graphite, cobalt et autres minéraux indispensables à la fabrication des batteries, des véhicules électriques, des équipements électroniques ou encore des technologies liées à la décarbonation de l’économie mondiale.
Présidant la cérémonie d’ouverture de l’atelier national, le Directeur de cabinet du ministre de la Géologie et des Mines, Mamane Djitté, a souligné que le pays ne peut plus se contenter d’exporter des matières premières brutes. « Le Sénégal dispose d’un potentiel géologique avéré en minéraux critiques. Pourtant, nous restons encore au bas de la chaîne de valeur, exportateurs de matières premières, alors que ces ressources peuvent contribuer à la diversification de notre économie, à la création de valeur ajoutée locale et au renforcement de notre résilience économique », a-t-il déclaré.
Selon lui, la forte croissance de la demande mondiale en minéraux critiques représente une opportunité historique pour repositionner le secteur minier sénégalais autour de la transformation locale, du développement industriel et d’une meilleure intégration dans les chaînes de valeur internationales.
S’inspirer des meilleures pratiques
Pour bâtir cette stratégie, le Sénégal entend tirer les enseignements des expériences menées dans plusieurs pays producteurs. La République démocratique du Congo a notamment fait du cobalt une ressource stratégique en renforçant son contrôle fiscal et environnemental. La Zambie a instauré un mécanisme garantissant à l’État une participation minimale de 30% dans la production de certains minerais critiques, tout en favorisant les fournisseurs locaux. Plus récemment, la Sierra Leone a adopté une stratégie nationale 2026-2031 axée sur la transformation industrielle des minerais plutôt que leur simple exportation.
Ces différentes expériences alimenteront les réflexions des participants afin de définir une approche adaptée aux réalités économiques, géologiques et institutionnelles du Sénégal.
Trois jours pour bâtir une feuille de route
Organisé du 28 au 30 juillet, à Dakar, l’atelier national réunit les administrations publiques, les collectivités territoriales, les entreprises minières, les organisations de la société civile, les partenaires techniques et financiers ainsi que des experts internationaux. Les travaux permettront d’évaluer le potentiel minéral national, d’établir une méthodologie d’identification des minéraux critiques, de dresser une première liste de ressources stratégiques et de définir les grandes orientations de la future stratégie nationale.
Au-delà de l’inventaire des ressources, l’ambition affichée est de doter le Sénégal d’un cadre de référence capable de favoriser une exploitation responsable, de stimuler l’industrialisation, d’accroître les retombées économiques et sociales du secteur minier et de renforcer la souveraineté économique du pays dans un contexte mondial de forte compétition pour les minerais critiques.
Abdoulaye DIAO

