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Affaire Jérôme Bandiaky: Le réquisitoire du parquet, le verdict rendu le 22 juillet prochain

Le procès de Jérôme Bandiaky, alias « Sniper », et de Sakory Ka a tenu toutes ses promesses ce mercredi devant le Tribunal de grande instance hors classe de Dakar. Entre révélations, dénégations, vidéos compromettantes, passeports diplomatiques et armes saisies, les débats ont viré à une véritable bataille judiciaire. Au terme de plusieurs heures d’audience, le parquet a requis de lourdes peines contre les deux prévenus. Délibéré le 22 juillet.
 
Face au tribunal, Jérôme Bandiaky affiche une ligne de défense sans variation : « Je conteste les faits. » L’homme se présente comme assistant de sécurité et dirigeant de Sniper Sécurité, une société qu’il affirme avoir créée après avoir travaillé auprès d’anciens hauts responsables de l’État.
 
Interrogé sur les armes découvertes lors des perquisitions menées dans ses domiciles de Dakar et de Mbour, il explique avoir voulu équiper ses agents après avoir remporté des marchés de sécurité. Il reconnaît avoir acquis une arme factice auprès de Sakory Ka, mais assure qu’elle n’avait qu’un rôle dissuasif.
 
Sur les passeports diplomatiques retrouvés en sa possession, Jérôme Bandiaky affirme qu’ils lui ont été remis lorsqu’il assurait la sécurité de l’ancienne Première ministre Aminata Touré. Quant au logement qui lui est reproché, il soutient qu’il lui avait été attribué dans le cadre de ses fonctions de garde du corps.
 
Le moment le plus marquant de l’audience intervient lorsque le président évoque une vidéo extraite de son téléphone portable, le montrant manipulant un lance grenades. 
 
Jérôme Bandiaky répond ne plus se souvenir du lieu où la scène a été filmée avant de lancer cette phrase qui fera réagir la salle : « Je suis amoureux des armes. » 
 
Il réfute également les déclarations du témoin Ndiack Diop, qui affirme l’avoir aperçu à deux reprises dans une propriété attribuée à Farba Ngom, en compagnie notamment de Mamadou Sall, de Dof Ndèye et d’un lutteur de l’écurie Boy Niang. « Je ne connais pas Ndiack Diop. Je ne suis pas en bons termes avec Farba Ngom », rétorque t’il.
 
À son tour, Sakory Ka balaie les accusations. Entrepreneur agricole et amateur de chasse, il affirme que ses armes sont régulièrement détenues et couvertes par les autorisations nécessaires. Il nie catégoriquement avoir vendu une arme factice à Jérôme Bandiaky.
 
Le parquet démonte la défense
Dans un réquisitoire particulièrement sévère, le ministère public estime que la détention illégale d’armes est établie. Il souligne que certaines armes ne figurent pas dans les fichiers de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) et qu’une réquisition adressée à une armurerie contredirait les déclarations des prévenus sur l’origine de certaines armes.
 
Le procureur considère également que Jérôme Bandiaky doit répondre d’escroquerie portant sur des avantages de l’État, en référence notamment au logement de la SOGEPA et aux passeports diplomatiques retrouvés en sa possession. Il retient aussi l’usurpation de fonction, tout en estimant que les éléments relatifs aux actes de nature à compromettre la sécurité publique ne sont pas suffisamment constitués.
 
Le ministère public requiert 5 ans d’emprisonnement ferme et cinq millions de francs CFA d’amende contre Jérôme Bandiaky, ainsi que trois ans ferme et deux millions d’amende contre Sakory Ka.
 
Les avocats des prévenus ont demandé la relaxe. Pour les conseils de Sakory Ka, les autorisations de détention d’armes versées au dossier démontrent qu’aucun trafic illicite n’est caractérisé. Ils soutiennent notamment que le pistolet ERMA appartenait au père du prévenu, ancien colonel des Douanes, et que cette version n’a jamais été remise en cause par l’enquête.
 
La défense de Jérôme Bandiaky dénonce, elle, un dossier construit sur fond de règlement de comptes politiques. Ses avocats soutiennent que leur client ne détenait qu’une arme factice ne nécessitant aucune autorisation administrative et rappellent que les passeports diplomatiques ainsi que le logement lui avaient été accordés dans le cadre de missions de protection rapprochée auprès de personnalités de l’État. Ils soulignent également qu’aucun élément ne le relie aux dossiers évoqués au cours de l’enquête concernant les décès de Fulbert Samba et Didier Badji.
 
Après plusieurs heures de débats, le tribunal a mis l’affaire en délibéré. Le jugement sera rendu le 22 juillet prochain.