Economie

BLANCHIMENT D’ARGENT: Le GIABA appelle à renforcer le partage transfrontalier de renseignements

Le Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) dresse un bilan en demi-teinte pour l’année 2025. Lors de la présentation du rapport annuel des avancées juridiques et institutionnelles notables sont constatés avec une région toujours exposée à des menaces de blanchiment de capitaux, de financement du terrorisme et de la prolifération de divers crimes financiers en constante mutation.

Selon le rapport, l’année 2025 a été marquée par des progrès continus dans la mise en œuvre de mesures de LBC/FT/FP dans les États membres du GIABA. « Des améliorations significatives » ont été enregistrées dans les cadres juridiques et institutionnels. Plusieurs États ont renforcé leurs Cellules de renseignements financiers (CRF), actualisé leurs Évaluations nationales des risques (ENR) et mené des réformes législatives pour corriger les lacunes identifiées lors des évaluations mutuelles », a d’emblée révélé le document présenté hier dans la capitale sénégalaise. Pour les acteurs la supervision des Entreprises et professions non financières désignées (EPNFD) s’est aussi améliorée, avec « une plus grande attention portée à la transparence des bénéficiaires effectifs. Certains pays sous suivi renforcé du GAFI ont accéléré la mise en œuvre de leurs plans d’action avec un engagement politique de plus haut niveau.
M. EDWIN W. HARRIS Jr.
DIRECTEUR GENERAL DU GIABA soutient que l’une des avancées majeures de l’année écoulée est la décision du Comité ministériel d’approuver le maintien du Burkina Faso, du Mali et du Niger en qualité de membres entiers du GIABA. « Cette décision réaffirme que la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération transcende les considérations politiques et exige une coopération technique fondée sur la solidarité et l’intérêt commun », a-t-il déclaré . Tout en promettant que le GIABA poursuivra ainsi sa mission auprès de l’ensemble de ses États membres, avec impartialité et un professionnalisme dans le strict respect de son mandat, convaincu que la sécurité financière de chacun renforce la sécurité collective de notre région.
Le GIABA pointe plusieurs vulnérabilités majeures : Les flux financiers illicites* liés à la corruption, au crime organisé, à la fraude fiscale et aux recettes des industries extractives. L’extension des groupes terroristes dans le Sahel et le bassin du lac Tchad, qui exploitent les économies basées sur les transactions en numéraires, les frontières poreuses et les systèmes informels de transfert de valeur. L’utilisation croissante des plateformes de paiement mobile, des solutions FinTech et des actifs virtuels introduit de nouveaux canaux pour les activités de BC/FT, souvent en avance sur les capacités de réglementation.
Pour sa part, Madame ZELMA YOLLANDE NOBRE FASSINOU
REPRESENTANT de la CEDEAO au Sénégal d’indiquer que notre région demeure confrontée à des défis sécuritaires et économiques de plus en plus complexes, marqués par le terrorisme, la criminalité transnationale organisée, la corruption, les flux financiers illicites et l’utilisation croissante des nouvelles technologies à des fins criminelles. Face à ces menaces sans frontières, souligne-t-elle, la coopération régionale et internationale reste notre réponse la plus efficace. Pour elle, c’est dans cette dynamique que la CEDEAO, à travers sa Vision 2050, poursuit son ambition de bâtir une région intégrée, prospère et résiliente, fondée sur la démocratie, la transparence, l’État de droit et une gouvernance responsable. « Cette ambition ne peut se concrétiser sans des systèmes financiers solides et intègres », alerte-t-elle. Les résultats du deuxième cycle d’évaluations mutuelles confirment des améliorations notables en matière de conformité technique et, dans certains cas, d’efficacité. Mais des « lacunes criardes subsistent » dans le recouvrement des biens, les enquêtes sur le financement du terrorisme, les sanctions financières ciblées et la supervision des secteurs à risque. Le rapport note aussi l’impact des développements institutionnels et géopolitiques, notamment avec les États membres en transition politique ou touchés par l’insécurité. Une situation qui souligne l’importance de maintenir la coopération régionale et de préserver un cadre commun de LBC/FT/FP. A cette occasion, pour l’avenir, le GIABA fixe 5 priorités : Renforcer le partage transfrontalier de renseignements; Améliorer la réglementation et la supervision des technologies financières émergentes ; Prévenir le détournement des organisations à but non lucratif* à des fins de financement du terrorisme tout en protégeant leurs activités légitimes ; Améliorer les cadres de recouvrement et de gestion des biens; Consolider les acquis des évaluations mutuelles et du processus du Groupe d’Examen de la Coopération Internationale (GECI) pour les pays « listés gris ». Ces axes, d’après le GIABA seront essentiels au moment où la région se prépare au lancement du troisième cycle des évaluations mutuelles et cherche à renforcer la résilience, l’intégrité et l’efficacité des dispositifs de LBC/FT en Afrique de l’Ouest. Le rapport, structuré en 8 chapitres, détaille également les initiatives de recherche, l’assistance technique délivrée, la coopération internationale et les efforts de communication menés par le GIABA en 2025.

Abdoulaye DIAO