Équipements médicaux: les fournisseurs réclament plus de 10 milliards de FCfa à l’État
Face à l’explosion de la dette publique et à une pression fiscale jugée intenable, les membres de l’Association sénégalaise des professionnels de l’équipement médical (Aspem) tirent la sonnette d’alarme. L’organisation redoute un affaiblissement du plateau technique national si des solutions durables ne sont pas apportées, surtout pour ce qui concerne la dette et la pression fiscale.
Les entreprises qui approvisionnent les structures publiques de santé en équipements et dispositifs médicaux disent être arrivées à un point de rupture. Confrontée à des créances dépassant 10 milliards de FCfa, à des délais de paiement pouvant atteindre plusieurs années et à des contraintes administratives jugées excessives, l’Association sénégalaise des professionnels de l’équipement médical (Aspem) a lancé un appel aux autorités afin de préserver un secteur qu’elle considère comme stratégique pour la souveraineté sanitaire du pays. En conférence presse, samedi 4 juillet, à Dakar, le président de l’Aspem, Harouna Keïta, entouré de plusieurs membres de la structure, a dressé un état des lieux préoccupant. Selon lui, la principale urgence reste l’accumulation des impayés des structures publiques de santé. « Nous avons recensé et vérifié l’ensemble des créances de nos membres. Les chiffres sont réels, validés et ont dépassé, aujourd’hui, les 10 milliards de FCfa. Ce montant concerne plus d’une vingtaine d’entreprises. Si l’on prend en compte l’ensemble des acteurs du secteur, la dette est certainement plus importante », a-t-il déclaré. M. Keïta a ajouté que ces retards compromettent leurs capacités d’investissements. Ces professionnels disent avoir de plus en plus de contraintes pour financer les équipements livrés aux établissements de santé, car ils attendent parfois un, deux, voire trois ans, avant d’être payés.
« Nos entreprises sont obligées de recourir au crédit bancaire ; ce qui fragilise leur situation financière », s’est-il désolé. Face à cette situation, l’Aspem plaide pour un plan d’apurement de la dette assorti de mécanismes garantissant le respect des délais de paiement. « Nous demandons à l’État de mettre en place un mécanisme durable, qui permette aux entreprises d’être payées dans des délais raisonnables », a insisté Harouna Keïta. Toutefois, il a salué l’adoption de la loi sur l’affacturage, estimant qu’elle pourrait permettre aux entreprises de recouvrer plus rapidement leurs créances sur les établissements publics.
Lors de la conférence de presse, les membres de l’Aspem ont dénoncé une pression fiscale et douanière qu’elle juge pénalisante. Ils réclament une révision des droits et taxes appliqués aux équipements médicaux, aux pièces détachées et aux consommables. Le président Keïta a rappelé que plusieurs entreprises sénégalaises investissent désormais dans la fabrication de consommables médicaux, de produits pharmaceutiques et de gaz médicaux. « Nous ne sommes plus seulement des importateurs, plusieurs entreprises investissent, aujourd’hui, dans la production locale. C’est un mouvement qu’il faut accompagner », a-t-il souligné. Autre sujet de préoccupation, les lenteurs administratives liées aux autorisations d’importation délivrées par l’Agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique (Arp). Selon l’Aspem, des procédures censées être traitées en quelques jours peuvent durer plusieurs semaines, voire des mois. Ces retards entraînent l’immobilisation des marchandises en douane, l’accumulation de frais de magasinage et, dans certains cas, la péremption de produits sensibles avant leur commercialisation.

