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CULTURE ET TRADITION: Le Tajabone s’adapte aux codes vestimentaires normaux

À Keur Mbaye, le Tajabone a une nouvelle fois rassemblé les enfants et les familles autour d’une tradition profondément ancrée dans la culture sénégalaise. Mais cette année, un détail a particulièrement retenu l’attention : l’évolution des déguisements. Dans un contexte marqué par les débats autour de l’homosexualité au Sénégal, de nombreuses familles ont privilégié des costumes jugés plus conformes aux codes vestimentaires masculins et féminins, illustrant la manière dont une fête populaire s’adapte aux réalités et aux sensibilités de son époque.

Keur Mbaye, Dakar – À la tombée de la nuit, après avoir bien mangé le couscous traditionnel de Tamkharit communément appelé Achoura, célébré dans la nuit du jeudi 25 au vendredi 26 juin 2026, les ruelles de cette commune retrouvent l’ambiance si particulière du fameux. Tajabone, attendu par tout le monde notamment les enfants. Les chants des enfants résonnent d’une maison à l’autre, les tam-tams donnent le rythme et les familles se rassemblent pour célébrer cette tradition héritée de plusieurs générations. Comme chaque année, les plus jeunes sillonnent le quartier en quête de friandises, de pièces de monnaie ou de quelques cadeaux, sous le regard amusé des habitants.

Mais cette édition présente une évolution qui n’a échappé à personne. Si autrefois les garçons se déguisaient volontiers en filles et les filles en garçons, de nombreux parents ont cette année opté pour des costumes plus sobres. À Keur Mbaye, plusieurs jeunes filles sont apparues habillées en hommes, avec des boubous, des costumes ou des tenues traditionnelles masculines, tandis que les garçons portaient essentiellement des habits d’hommes, parfois agrémentés de maquillages ou d’accessoires festifs, sans adopter les tenues féminines qui faisaient autrefois partie de la tradition.

Une chose qui s’explique, puisque cette évolution intervient dans un contexte où les questions liées à l’homosexualité occupent une place importante dans le débat public au Sénégal. Plusieurs habitants rencontrés dans le quartier estiment que certaines familles préfèrent désormais éviter que les déguisements soient mal interprétés. « Les temps ont changé. Les parents veulent que les enfants participent à la fête tout en évitant les polémiques », explique un père de famille observant le passage des groupes d’enfants.

Malgré ces changements, l’esprit du Tajabone demeure intact

D’autres habitants rappellent cependant que le Tajabone n’a jamais eu pour vocation de promouvoir une quelconque orientation sexuelle. Selon eux, l’inversion des rôles entre filles et garçons faisait simplement partie du folklore de cette fête populaire, au même titre que les masques, les chants et les déguisements extravagants. « C’est une tradition ancienne. Les enfants se déguisaient juste pour s’amuser et faire rire le voisinage », raconte une vieille habitante du quartier.

Malgré ces changements, l’esprit du Tajabone demeure intact. Dès les premières heures de la soirée, les enfants parcourent les rues de Keur Mbaye en chantant, frappant aux portes et recevant bonbons, biscuits, boissons ou quelques pièces de monnaie. Les concessions s’animent, les familles accueillent les visiteurs avec convivialité, tandis que les plus âgés se remémorent les célébrations d’autrefois.

Pour beaucoup, le Tajabone reste avant tout un symbole de partage, de cohésion sociale et de transmission culturelle. Si les formes évoluent au fil des années, l’essence de cette fête demeure la même : rassembler les générations autour d’un patrimoine vivant qui continue d’occuper une place importante dans la vie Reportage : Tajabone au Sénégal, une tradition qui résiste aux débats

Comme chaque année, les rues de plusieurs quartiers du Sénégal s’animent à l’occasion du Tajabone, célébré durant la Tamkharite. Au rythme des tam-tams, des chants et des danses, enfants et jeunes perpétuent une tradition vieille de plusieurs générations. L’une des particularités de cette fête est le déguisement : les filles portent des tenues masculines tandis que les garçons se déguisent en filles. Cette inversion des rôles est un élément culturel et festif propre au Tajabone.

Cette année, cette pratique suscite davantage de commentaires en raison du contexte social marqué par les débats sur l’homosexualité au Sénégal. Certains observateurs estiment que des familles préfèrent désormais habiller les filles en garçons et les garçons en hommes, avec des déguisements moins marqués, afin d’éviter toute confusion ou polémique. D’autres, au contraire, rappellent que le travestissement du Tajabone n’a jamais eu de lien avec l’orientation sexuelle, mais relève uniquement d’une tradition carnavalesque transmise de génération en génération.

Malgré ces discussions, le Tajabone demeure avant tout un moment de partage, de solidarité et de célébration culturelle. Dans de nombreux quartiers, les enfants continuent de parcourir les rues en chantant « Tajabone », recevant des friandises, de la nourriture ou quelques pièces de monnaie, perpétuant ainsi un héritage profondément ancré dans la culture sénégalaise

Adama AIDARA