FILIÈRE ANACARDE: Plus de 2 milliards cfa pour booster la transformation locale
Une nouvelle étape vient d’être franchie dans la structuration de la filière anacarde au Sénégal. Réuni à l’occasion du Comité régional de développement (CRD) consacré à l’Agropole Sud, le gouvernement a officialisé la mise en place d’un prélèvement de 20 FCFA par kilogramme de noix brutes de cajou exportées. Présidée par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Dr Serigne Gueye Diop, la rencontre a permis l’adoption d’un Accord-cadre destiné à renforcer durablement la transformation locale de l’anacarde.
Cette contribution devrait générer plus de deux milliards de FCFA par an. Les ressources collectées seront versées dans un Fonds d’appui à la chaîne de valeur anacarde, dédié exclusivement au développement du secteur.
La mesure intervient dans un contexte marqué par un paradoxe économique. Malgré des performances remarquables à l’exportation, la transformation locale demeure marginale. En 2025, le Sénégal a exporté 118 914 tonnes de noix brutes de cajou, générant près de 92 milliards de FCFA de recettes. Pourtant, moins de 3 % de cette production a été transformée sur le territoire national, privant ainsi l’économie sénégalaise d’importantes opportunités en matière de création de valeur ajoutée et d’emplois.
Face à cette situation, les autorités entendent changer de paradigme. « Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’un modèle reposant quasi exclusivement sur l’exportation de noix brutes. Notre vision, c’est que chaque kilo d’anacarde exporté demain soit de plus en plus un kilo transformé ici, au Sénégal », a déclaré le ministre de l’Industrie et du Commerce. Une ambition qui s’inscrit dans la politique de souveraineté économique prônée par le président Bassirou Diomaye Faye.
Selon les autorités, cette réforme est le fruit d’un processus de concertation ayant associé l’ensemble des acteurs de la filière. Producteurs, transformateurs, exportateurs, structures d’appui et services techniques de l’État avaient notamment pris part à un séminaire organisé à Saly, dont les conclusions ont servi de base à l’élaboration de l’Accord-cadre.
Insistant sur l’importance de cette démarche participative, Dr Serigne Gueye Diop a rappelé que « Rien de solide ne peut se construire sans votre adhésion, votre implication et votre leadership ». Le texte, signé par les ministres chargés du Commerce et de l’Agriculture, a ainsi reçu l’adhésion des différents maillons de la filière.
Les fonds mobilisés seront consacrés au financement de plusieurs priorités stratégiques, notamment la recherche agricole, le renouvellement et l’amélioration des vergers, la construction d’infrastructures de stockage et de conditionnement ainsi que la formation des acteurs aux métiers de l’anacarde.
Pour rassurer les professionnels sur l’utilisation des ressources, le ministre a insisté sur les mécanismes de gouvernance prévus. « Ce Fonds sera géré de manière transparente, inclusive et rigoureuse, avec la participation des représentants de la filière », a-t-il assuré.
Parallèlement à ce nouveau dispositif, une taxe de 32 FCFA par kilogramme est appliquée dans le cadre du Programme de résilience économique et sociale (PRES) pour la campagne 2026. Cette contribution devrait permettre de mobiliser plus de trois milliards de FCFA au profit du budget national.
Le ministre a toutefois tenu à préciser l’esprit de cette mesure : « Il ne s’agit pas de pénaliser les acteurs, mais de créer un cercle vertueux où la richesse issue de l’anacarde renforce l’investissement public ».
Clôturant les travaux du CRD, Dr Serigne Gueye Diop a lancé un appel à l’ensemble des intervenants de la filière autour de trois principes essentiels : « Mobilisation, pour saisir ensemble cette opportunité historique. Unité, pour parler d’une seule voix. Responsabilité, pour que ces ressources soient utilisées de manière exemplaire, au bénéfice de toute la filière et des générations futures. »
Le ministre a enfin réaffirmé la volonté du gouvernement d’inscrire son action dans une logique de proximité et de concertation, faisant du « dialogue, transparence et ancrage territorial » la marque de fabrique de la nouvelle gouvernance publique.

