AFFAIRE AEE POWER SÉNÉGAL, INTERMAC ET PASSANT: Saidou Kane sort du bois et dénonce un « transfert artificiel de responsabilité »
À travers le collectif de ses avocats, l’homme d’affaires sénégalais Saidou Kane est sorti de son silence. Face à un « matraquage médiatique entretenu depuis plusieurs mois », l’ex-bâtonnier Me Leyti Ndiaye et ses confrères ont livré leur version des faits dans les dossiers AEE Power Sénégal, Intermaq et Passant. Ils interpellent également le Directeur général de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) afin qu’il « éclaire les Sénégalais sur 37 milliards FCFA ».
Lors d’un point de presse tenu, hier, à Dakar, le pool d’avocats de l’homme d’affaire Saidou Kane, impliqué dans le dossier AEE Power-ASER, a dénoncé une stratégie visant à évincer le partenaire sénégalais et à détourner les bénéfices du financement, affirmant que leur client est « victime et non responsable ».
Resté aphone depuis l’éclatement de ce qui est désormais qualifié de « ASER Gate », dans lequel il est accusé de détournement de deniers publics et de surfacturation par la nouvelle direction de l’ASER, Saidou Kane a décidé de réagir à travers ses conseils pour « rétablir la vérité des faits ».
Me Leyti Ndiaye a d’abord présenté son client comme un entrepreneur sénégalais établi en Espagne, initiateur et administrateur général de la société AEE Power Sénégal. Il serait à l’origine d’un vaste projet d’électrification de 920 localités, étendu à 1 600 localités dans les régions de Kaffrine, Louga, Saint-Louis, Tambacounda et Kédougou, dans le cadre des offres spontanées prévues par le Code des marchés publics.
Selon son avocat, « Saidou Kane a assuré la conception globale du projet, la structuration du dossier technique et financier, la coordination avec les autorités administratives, ainsi que la mobilisation des partenaires financiers ».
« Son rôle a été expressément reconnu par le Directeur Afrique de Banque Santander dans une correspondance du 26 décembre 2024 adressée au Secrétariat général du gouvernement », a-t-il indiqué.
Le financement du projet, estimé à 140 millions d’euros (environ 91,8 milliards de FCFA), impliquait une avance de démarrage de 40%. Par lettre du 22 mars 2024, l’ASER a autorisé le paiement de 36,733 milliards de FCFA. « Dès réception des fonds, la société espagnole AEE Power EPC a adopté une attitude dilatoire, cessant progressivement toute collaboration effective avec son partenaire sénégalais », a expliqué Me Ndiaye qui précise que AEE Power Sénégal a adressé une mise en demeure le 18 juin 2024 pour obtenir sa part contractuelle de 40 millions d’euros (environ 26 milliards de FCFA).
« C’est cela le nerf de la guerre », a-t-il insisté.Parallèlement, « s’est développée une campagne de dénigrement médiatique et de pression juridique visant directement M. Seydou Kane et ses structures », dénoncent ses avocats.
« Seul Jean Michel Séne sait où se trouvent les 37 milliards », martèle Abdou Thialy Kane.Pour le collectif d’avocats, la concomitance de ces faits n’est pas fortuite. « L’objectif est triple : évincer le partenaire sénégalais du projet, se soustraire à ses obligations contractuelles et détourner les bénéfices du financement obtenu », dénoncent-ils.
Affaire Intermaq : « Confusion délibérée entre les sociétés »
Sur le marché T0520-22, d’un montant de 85,5 milliards FCFA conclu en mars 2022 avec le ministère de l’Agriculture, Me Ndiaye se montre catégorique. Selon lui, la société Intermaq Sénégal, dont Saidou Kane est actionnaire majoritaire, n’est pas signataire du contrat.
D’après ses explications, seule la société de droit espagnol Intermaq 2012 SL est titulaire du marché et co-contractante de l’État. « De manière tout aussi déterminante, M. Saidou Kane n’a jamais perçu, ni directement ni indirectement, à quelque titre que ce soit, une quelconque rémunération de la part de l’État du Sénégal », a-t-il affirmé.
Il précise que la chaîne de paiement est parfaitement traçable : l’État règle directement Intermaq 2012 SL après validation du ministère de l’Agriculture, de la DODP et de la Banque centrale. Pour le collectif, « les accusations de surfacturation reposent sur une confusion délibérée entre la société espagnole et la structure sénégalaise ».
Passant : une implication limitée
Concernant la société Passant, Me Ndiaye précise que Saidou Kane « n’est ni dirigeant opérationnel ni gestionnaire » et détient uniquement « 20% du capital, sans aucun pouvoir de gestion ni de contrôle opérationnel ».L’avocat Boubacar Koïta pointe, quant à lui, une stratégie de diversion.
« Lorsqu’une affaire vous gêne, le bon réflexe consiste à créer une affaire dans l’affaire. Si ça ne suffit pas, vous créez une affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce que personne n’y comprenne plus rien », a-t-il lancé. Selon lui, c’est cette méthode qui aurait été utilisée dans ce dossier.
« Quand on parle de ‘ASER Gate’, c’est lié au projet ‘high power’. Que vient y faire Intermaq ? Que vient faire le projet Passant ? », s’interroge-t-il, alors que Me Ndiaye évoque « un schéma préoccupant de transfert artificiel de responsabilité vers l’acteur local ».
« Où est passée l’avance de démarrage dans le dossier AEE Power ? », s’est-il d’ailleurs interrogé.
Pour sa part, Me El Hadji Amadou Sall a fustigé la « brutalité » des attaques subies par leur client. « C’est devant l’opinion que nous avons été attaqués, c’est donc devant elle que nous venons rétablir la vérité », a-t-il conclu, déterminé à faire prévaloir « l’exacte matérialité des faits ».
Le collectif des avocats assure enfin que Saidou Kane réaffirme sa confiance dans les institutions judiciaires et dans l’État de droit, qu’il considère comme le seul cadre légitime de règlement de ces différends.
Abdoulaye DIAO

