Politique

FORUM DE DAKAR SUR LA PAIX ET LA SECURITE: Diomaye Faye et Ghazouani plaident pour une Afrique souveraine et actrice du monde

Le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, et son homologue mauritanien, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, ont lancé un appel fort en faveur de l’affirmation de la souveraineté africaine, dans un contexte international marqué par de profondes tensions. Les deux chefs d’État se sont exprimés à l’ouverture de la 10e édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, tenue au Centre international de conférences Abdou Diouf (CICAD).

Dans son discours, le président sénégalais a dressé un tableau préoccupant de la situation mondiale actuelle. « Le monde dans lequel nous vivons en 2026 est marqué par une profonde instabilité, avec des crises majeures aux impacts colossaux », a-t-il déclaré, évoquant notamment les conflits géopolitiques, dont celui de Gaza, ainsi que les tensions commerciales entre grandes puissances.
Selon lui, ces bouleversements fragilisent les équilibres internationaux et exposent davantage le continent africain à des menaces multiples : terrorisme, criminalité transfrontalière, piraterie maritime, désinformation et cybercriminalité. À ces défis sécuritaires s’ajoutent les effets du changement climatique et les risques sanitaires, qui constituent autant de facteurs d’instabilité.

Repenser les réponses africaines face aux crises
Face à ce constat, Bassirou Diomaye Faye a appelé à une réflexion collective autour du thème du forum. « L’Afrique face aux défis de stabilité, d’intégration et de souveraineté : quelles solutions durables ? », a-t-il souligné, tout en reconnaissant les progrès réalisés par les mécanismes africains de sécurité, notamment à travers l’Union africaine et les organisations sous-régionales comme la CEDEAO.
Cependant, il a souligné leurs limites : mandats parfois flous, financements incertains, capacités opérationnelles insuffisantes, déconnexion entre décisions politiques et réalités du terrain. « Il est urgent de réorienter nos réponses collectives pour les rendre plus efficaces et mieux ancrées dans les besoins des populations », a-t-il insisté.
Le chef de l’État sénégalais a particulièrement insisté sur la nécessité pour l’Afrique d’assumer pleinement sa souveraineté. « Nous ne devons plus accepter que notre agenda sécuritaire soit défini ailleurs, ni que nos priorités soient dictées par des intérêts étrangers », a-t-il ajouté soutenant que cette souveraineté doit être globale : stratégique, économique, mais aussi numérique.
Il a également plaidé pour une transformation locale des ressources naturelles du continent. « Du lithium au cobalt, du pétrole au gaz, nos richesses doivent servir d’abord à développer nos propres industries : extraire chez nous, transformer chez nous et vendre à un prix juste », a plaidé Bassirou Diomaye Faye qui, en dépit de cet appel à l’affirmation de souveraineté, a rappelé qu’« aucun pays ne peut faire face seul aux défis actuels. Toute solution efficace ne peut être que collective ».

Ghazouani appelle à un développement inclusif et à plus d’intégration
Prenant la parole à son tour, le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a insisté sur la nécessité d’un développement inclusif. « Aucun progrès durable n’est possible sans un développement qui profite à tous », a-t-il asséné.
Il aussi plaidé pour un renforcement de la coordination entre États africains, une mutualisation accrue des efforts, une consolidation de l’unité de l’Union africaine. Enfin, il a appelé à accélérer l’intégration économique du continent, notamment à travers la mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
En filigrane des interventions, un message commun : l’Afrique ne doit plus être un simple terrain d’influence des grandes puissances, mais un acteur à part entière dans la recomposition des équilibres mondiaux. Un cap ambitieux, qui passe à la fois par la souveraineté, l’intégration et une action collective renforcée.

Mamadou Lamine CAMARA