Politique

PATRIOTISME, SOUVERAINETÉ ET RÉVOLUTION: Ousmane Sonko appelle à un « patriotisme exigeant » et lucide face aux défis structurels

Lors d’une conférence axée sur le thème « Autonomie, patriotisme et monde multipolaire : l’Afrique à la conquête de sa souveraineté », le Premier ministre sénégalais a livré une lecture rigoureuse et sans concession du patriotisme et de la souveraineté. En présence du géopolitologue Pascal Boniface, il a plaidé pour une transformation profonde des structures économiques et sociales.

Le Premier ministre Ousmane Sonko a détaillé sa conception du patriotisme, qu’il considère comme une valeur exigeante et structurante. « Le patriotisme est une discipline, une exigence, une capacité collective à faire des choix difficiles au nom de l’intérêt commun. Le patriotisme est aujourd’hui souvent mal compris. Soit il est réduit à une posture émotionnelle à des déclarations enflammées sans rendement, soit il est instrumentalisé vidée de sa substance, transformé en rhétorique de légitimation », a-t-il expliqué.
Poursuivant, il insiste sur la nécessité de redonner au concept toute sa profondeur. « Le patriotisme véritable est tout autre chose, c’est une discipline, une exigence, une capacité collective à accepter des choix difficiles au nom d’un projet commun », a-t-il déclamé.

Une révolution au long cours
Co-animant cette rencontre avec Pascal Boniface, auteur de « Les maîtres du monde », le chef du gouvernement a également abordé la notion de révolution, qu’il inscrit dans la durée. « La révolution démarre seulement après le renversement du système ancien. Parce que le système ancien ne se laisse pas faire », a déclaré Ousmane Sonko.
Il ajoute : « C’est après la révolution que chaque membre de la révolution se découvre et se fait découvrir en réalité. C’est après la révolution que beaucoup de porteurs de cette révolution lors des moments de conquête découvrent eux-mêmes qu’ils n’étaient pas prêts pour la révolution ».
Dans cette dynamique, il a insisté sur la priorité des réformes structurelles. « Notre plus grand défi, c’est la transformation des structures. Ce n’est pas des transformations matérielles tout de suite et maintenant », a-t-il relevé.

Un appel au sacrifice dans un contexte difficile
Évoquant la situation économique du pays, le Premier ministre a dressé un constat préoccupant. « Le contexte actuel n’est pas la crise. Elle est l’aggravation de la crise. Dans un contexte comme ça, beaucoup d’entre nous qui ont opté pour la révolution, pour le patriotisme ne sommes pas prêts pour le sacrifice. Tout le monde réclame… cela n’est pas possible. Nous sommes là pour dire non. Parce que cette révolution n’échouera pas », a lancé Ousmane Sonko.
Dans la foulée, il a interpellé les membres de son gouvernement sur la cohérence entre discours et pratiques. « Ça nous interpelle tous. Maintenant que nous sommes en contact avec le régime, nos principes et nos valeurs d’hier doivent être ceux d’aujourd’hui. Ils doivent être encore plus », a-t-il souligné.
Il a ainsi plaidé pour un engagement concret. « Il nous faut donc réaliser un patriotisme exigeant, un patriotisme qui ne se contente pas de célébrer la nation, mais qui travaille à la construire. Il nous faut un patriotisme qui ne relie pas les peuples par le discours, mais par la responsabilité. Car, il n’y a jamais de souveraineté sans base sociale. Il n’y aura pas de souveraineté sans adhésion populaire. Il n’y aura pas de souveraineté sans une morale collective », a-t-il prévenu.

Une souveraineté africaine encore inachevée
Abordant la question de la souveraineté du continent, Ousmane Sonko a dressé un diagnostic critique. Selon lui, cette souveraineté reste une « souveraineté programmée, mais inachevée ». Il appelle ainsi à une lecture lucide des réalités africaines. « Nos économies restent largement extraverties. Nous exportons des matières premières. Nous importons des produits transformés. Nos monnaies pour certains pays, demeurent liées à des architectures héritées de la colonisation. Nos budgets publics sont contraints par la dette. Nos politiques économique encadrés par des conditionnalités. Nos marchés de manœuvre étroits pour ne pas dire inexistants », a-t-il dit.
Au-delà du constat, il invite à une réappropriation intellectuelle et stratégique. « Mais il ne suffit pas de réclamer une souveraineté militaire, monétaire ou diplomatique, il faut aussi revendiquer le droit de produire ses propres catégories d’analyse, ses propres priorité intellectuelles, ses propres lectures du développement, de la démocratie, de la famille, de la culture, de la sécurité et du progrès », a-t-il confié.
À travers cette intervention, le Premier ministre sénégalais trace les contours d’un projet politique fondé sur la rigueur, le sacrifice et la transformation structurelle. Une vision qui place le patriotisme au cœur de la construction d’une souveraineté réelle, portée par les peuples eux-mêmes.

Mamadou Lamine CAMARA