Politique

Affaire 650 millions d’euros: La grande annonce de Takku Wallu

Le Groupe Parlementaire Takku Wallu a officiellement annoncé, ce lundi 30 mars 2026, le dépôt imminent d’une résolution visant à faire toute la lumière sur un montage financier complexe et jugé « opaque » de 650 millions d’euros, soit environ 426 milliards de FCFA. Cette opération, reposant sur un mécanisme de Total Return Swap (TRS), a été contractée par l’État du Sénégal en juin 2025 auprès de la First Abu Dhabi Bank (FAB) et de l’Africa Finance Corporation (AFC).


L’initiative parlementaire fait suite aux révélations du quotidien britannique Financial Times publiées le 23 mars dernier, dénonçant une démarche qui aurait été « dissimulée à la représentation nationale ».

S’exprimant lors d’une conférence de presse, Me Aïssata Tall Sall a précisé que le Groupe Parlementaire a décidé d’activer l’article 50 du Règlement Intérieur de l’Assemblée nationale pour créer une commission d’enquête. Les députés soulignent que, bien que ce montage ait été réalisé dès juin 2025, il n’a jamais été porté à leur connaissance, même lors des débats et du vote de la Loi de Finances Initiale (LFI) 2026 en novembre dernier. Le TRS est un dérivé de crédit permettant de recevoir des liquidités contre la cession de rendements d’actifs, comme des obligations. Étant juridiquement qualifié de « dérivé » et non de « prêt conventionnel », ce montant n’apparaît pas dans les comptes publics officiels, ce qui contribuerait, selon les parlementaires, à « masquer le niveau réel de l’endettement de l’État ». De plus, ils fustigent un contrat conclu de « gré à gré, sans appel d’offres ni publicité ».
 

L’opération soulève des inquiétudes majeures pour la viabilité des finances du Sénégal en raison de risques jugés « dévastateurs ». Ce type de financement impose fréquemment une décote massive de 30 à 40 % ; Me Aïssata Tall Sall a illustré ce point en expliquant que pour « 150 millions d’euros engagés, le Sénégal n’en percevrait que 105 millions », laissant les plus-values aux banques partenaires. Par ailleurs, si la valeur des obligations engagées chute, l’État sénégalais est contractuellement tenu de « combler la différence ». En cas d’impayé, le pays s’expose à l’« exigibilité immédiate de la dette assortie de lourdes pénalités ».
 

Sur le plan diplomatique et financier, le Groupe Parlementaire affirme que cette annonce a provoqué une « vive inquiétude chez les partenaires au développement et les créanciers traditionnels » qui n’auraient pas été informés au préalable. Cette situation pourrait « fragiliser gravement le crédit et la signature du pays à l’international ».


Au niveau national, l’absence de clarté sur d’éventuels « gages sur nos ressources en hydrocarbures » alimente l’angoisse des populations. Me Aïssata Tall Sall a conclu son intervention en jugeant les explications fournies par le ministre des Finances et du Budget comme étant « insuffisantes et contradictoires face à la gravité des faits ».