AMADOU BA PLAIDE POUR UNE MEILLEURE PROTECTION SOCIALE DES ARTISTES: « Ce n’est pas normal qu’on fasse encore des quêtes pour un artiste malade »
C’est un message fort qui a été lancé par Amadou Ba, ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, lors de la célébration de la Journée mondiale du théâtre, tenue à Pikine, hier. Présidant la cérémonie, le ministre a estimé que « ce n’est pas normal, dans un pays comme le Sénégal, qu’on fasse encore des quêtes pour un artiste malade.
Dans son intervention, le ministre de la Culture n’a pas éludé les difficultés persistantes auxquelles font face les artistes, notamment dans le sous-secteur du théâtre. Reconnaissant les limites des dispositifs existants, il a insisté sur la nécessité de passer de la théorie à l’action.
« Nous avons voté la loi sur le statut de l’artiste. Mais ce ne sont pas seulement les textes qui changent la vie des artistes. Il faut qu’ils aient un impact réel, pour qu’on n’ait plus à organiser des quêtes lorsqu’un artiste est malade. Cela n’est pas acceptable dans un pays comme le Sénégal », a déclaré Amadou Ba qui a assuré que « des mesures sont en cours pour améliorer la prise en charge sociale des artistes, notamment en matière de retraite et de couverture en cas de maladie ». Il a également évoqué le chantier relatif à la rémunération pour copie privée, présenté comme un levier important de soutien au secteur.
Justifiant le choix de Pikine pour accueillir la cérémonie, Amadou Ba a souligné l’importance de décentraliser l’action culturelle. « Si nous voulons redonner à la culture son lustre d’antan, nous ne devons pas rester uniquement à Dakar. Les régions doivent pleinement en bénéficier », a-t-il affirmé.
Il a ainsi appelé à la rénovation des centres culturels existants et à la multiplication des espaces de création et de diffusion artistique. Saluant l’engagement des collectivités territoriales, il a réitéré la disponibilité de son ministère à accompagner les initiatives locales.
« Si les maires mettent à disposition du foncier, l’État est prêt à construire des infrastructures culturelles », a-t-il dit.
Le ministre a également insisté sur le rôle central de la culture dans la cohésion sociale, évoquant le manque d’infrastructures culturelles dans certaines zones urbaines. « On dit souvent que dans la banlieue, il y a plus de commissariats que d’espaces culturels. Pour lutter contre la délinquance, il faut replacer la culture au cœur des politiques publiques », a préconisé le ministre.
Revenant sur le thème de cette édition, « Théâtre sénégalais et souveraineté », Amadou Ba a souligné sa portée stratégique. Selon lui, le théâtre joue un rôle clé dans la construction de l’identité nationale et la transmission des valeurs. « La culture est un outil fondamental pour imprégner la jeunesse de nos valeurs. Le théâtre doit nous permettre de raconter nos propres histoires, d’affirmer notre identité et de renforcer notre souveraineté culturelle. Un peuple qui raconte son histoire est un peuple debout », a-t-il soutenu.
Au-delà de sa dimension artistique, le ministre a rappelé que la culture constitue une véritable industrie, capable de générer de la richesse et de créer des emplois. Il a ainsi plaidé pour un statut de l’artiste pleinement opérationnel, permettant un meilleur accès au financement, notamment auprès des institutions bancaires.
Enfin, Amadou Ba a annoncé l’organisation prochaine des États généraux de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, ainsi que le lancement d’un concours national dédié au théâtre, dans le but de dynamiser davantage le secteur.
Adama AIDARA

