LA CHRONIQUE DE MLD: Qui pour arrêter le supplice des 18 supporters ?Par Mamadou Lamine DIATTA
Condamnés en première instance entre trois mois et une année de prison ferme, les dix –huit (18) supporters sénégalais partis prêter main forte aux Lions lors de la récente CAN vivent assurément un véritable supplice en terre marocaine. Il faut se mettre à la place de leurs familles pour comprendre l’ampleur du désastre émotionnel qui emplit le cœur de leurs proches.
Depuis le 18 janvier 2026, date-charnière de la finale de la CAN remportée de haute lutte par les Lions du Sénégal, ce dossier alambiqué a fini de prendre les contours d’une tragédie. Surtout que les éléments de langage à caractère juridique brandis par la machine judiciaire chérifienne ont tôt fait de les condamner. Tenez, la justice locale parle principalement de hooliganisme pour expliquer les sanctions infligées. Une accusation qui inclut par ricochet des actes délictuels comme la dégradation des équipements sportifs et l’invasion de la pelouse. Rien que ça ? Avouons franchement que pour contrecarrer cette batterie de griefs et convaincre les juges Marocains, il fallait se lever de très bonne heure. Surtout au regard du lourd contexte de la terrible déconvenue subie par ce peuple qui court depuis 1976 (50 ans) derrière un deuxième sacre continental. Malgré les moyens colossaux mis dans l’édification d’infrastructures futuristes sans oublier un soft-power du tonnerre pour aguicher le monde entier.
Oui, les faits reprochés aux 18 supporters sont assez graves. Du moins sur le papier. Comme pour corser l’addition, les dégâts matériels du stade, entièrement reconstruit avant la CAN, sont estimés à plus de 370 000 euros d’après le ministère public du royaume.
Sauf que certaines images virales montrent également des stadiers locaux en train de malmener entre autres le portier-remplaçant sénégalais Yehvan Diouf. Avec l’avancée de la technologie, on n’arrête pas le progrès et on peut tromper personne.
L’autre problème aussi c’est qu’il semble que les conditions d’un procès équitable n’étaient pas suffisamment réunies. En atteste le simple fait que le jour J, les prévenus ont été jugés sans assistance d’avocat. De plus, la longue grève des avocats Marocains a sûrement ajouté au malheur des jeunes Sénégalais.
Et puis, Maître Patrick Kabou, l’infatigable l’avocat des supporters, est esseulé dans cette harassante bataille de procédure. Lui –même n’a pas été inspiré d’accorder une interview à un media algérien un peu avant le verdict. Pour qui connaît la nature des relations entre le Maroc et l’Algérie, c’était une bourde monumentale du conseil des 18 supporters pour dire le moins. La dimension géopolitique et géostratégique est vitale dans l’abordage de telles problématiques. Le diable est dans les détails !
Avec le recul, on se demande si au début, la fédération sénégalaise de football n’avait pas pris l’affaire à la légère. Il fallait plutôt commettre une armée d’avocats internationaux pour renforcer Maître Kabou. En guise de comparaison, ce rappel : Au plus fort de la guéguerre Macky / Sonko, l’ancien Président de la République et l’actuel Premier ministre avaient eu la lumineuse idée de se faire accompagner par des avocats internationaux. C’est ainsi que Me Olivier Sur était coopté dans le pool des avocats de l’Etat du Sénégal. Sonko, pour sa part, était plutôt flanqué du tonitruant avocat français Me Juan Branco. Ce genre de stratégie n’est jamais fortuit. Cela donne toujours du piquant à l’affaire de même qu’un retentissement à l’international.
Par ailleurs, dans le cas d’espèce, les 18 supporters et leurs avocats ont du mal à maîtriser la bataille de l’opinion. En revanche, les Chérifiens ont eu l’intelligence de se mettre dans l’air du temps avec une occupation stratégique et assidue des plates-formes numériques. Qui plus est, au plus haut niveau.
Tout de même, entendons-nous bien : Il ne s’agit point d’un quelconque conflit entre le Sénégal et le Maroc .Loin de là. Les relations religieuses et économiques séculaires qui unissent les deux pays ne sont un secret pour personne. Au grand bonheur des deux peuples. Seulement voilà, comme le disait avec une pointe de sagesse le Général De Gaulle, les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts.
Justement, dans cette délicate procédure, les intérêts des 18 supporters et de leurs familles ont –ils été bien pris en compte et défendus par l’Etat du Sénégal ? La fédération a-t-elle accordé au dossier la priorité qui lui revient ? De même, quelle est également la part de responsabilités des supporters en question dans ces évènements de la finale de la CAN 2026 ? Ces concitoyens en délicatesse avec la loi marocaine etaient –ils réellement dans une sorte de dépassement de fonctions comme le laisse croire le verdict sévère ?
Au regard de la complexité du dossier, tout porte à croire qu’un dénouement heureux pour les 18 supporters ne devrait provenir que de la magnanimité du Roi Mohamed VI (Que DIEU l’assiste !). Une simple grâce du souverain et on n’en reparlera plus… Autre lueur d’espoir : Dépoussiérer cet accord liant les deux pays ouvrant une fenêtre pour les 18 prévenus qui ont la possibilité de venir purger leur peine dans leur pays d’origine.
In fine, il faut se rendre à l’évidence, cette affaire banale au départ, a visiblement fini de dépasser le cadre sportif.

