PREMIER PILIER DU CARÊME: Le jeûne rend le cœur disponible à Dieu
Depuis les origines de l’Église, le Carême se vit à travers trois pratiques fondamentales qui forment un tout indissociable : le jeûne, la prière et le partage. Le jeûne, considéré comme le premier pilier, est développé par l’abbé Roger Gomis.
Les trois piliers du Carême ne sont pas trois exercices parallèles, mais trois dimensions d’une même démarche de conversion. Selon l’abbé Roger Gomis, l’un sans les autres reste stérile. Ensemble, ils transforment le croyant et le préparent à célébrer dignement le mystère pascal.
Le jeûne libère le cœur de ses attachements pour le rendre disponible à Dieu. Selon le prêtre de l’archidiocèse de Dakar, le pape Léon XIV le rappelle dans son message : le jeûne doit maintenir vigilantes la faim et la soif de justice, en les soustrayant à la résignation et en les éduquant pour qu’elles deviennent prière et responsabilité envers le prochain.« Cette vision intégrée du Carême guide notre exploration de chacun de ces piliers », renseigne-t-il.
Les obligations de l’Église
L’Église demande à tous les fidèles en bonne santé, âgés de 18 à 59 ans, de jeûner le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint.« Jeûner signifie prendre un seul repas complet dans la journée. Les moins de 14 ans ne sont pas tenus à l’abstinence. Les moins de 18 ans, les plus de 60 ans, les femmes enceintes, les malades et les personnes exerçant un travail physiquement éprouvant sont dispensés du jeûne, mais peuvent choisir d’autres pénitences », précise le prêtre.
Jeûner en pratiqueAu-delà du jeûne alimentaire classique, l’abbé Roger Gomis cite différents types de jeûne. Il évoque d’abord le jeûne progressif : certains choisissent de jeûner tous les mercredis et vendredis du Carême pour approfondir la pratique. Il y a également le jeûne communautaire. Plusieurs paroisses proposent des semaines de jeûne en commun, ce qui facilite l’exercice et renforce la dimension ecclésiale.
Mais le jeûne ne se limite pas à la privation de nourriture. Il peut prendre d’autres formes adaptées aux réalités contemporaines. Le jeûne numérique, par exemple, recommande de réduire l’usage des réseaux sociaux, de limiter les écrans et de couper les notifications. « Cela libère du temps pour la prière et les relations authentiques », souligne l’abbé Roger.Le prêtre évoque aussi le jeûne de paroles. Le pape Léon XIV insiste particulièrement sur la nécessité de s’abstenir de jugements, de médisances et de critiques ; de désarmer le langage et de renoncer aux mots tranchants et aux calomnies. Il conseille de cultiver la gentillesse au sein de la famille, entre amis, au travail, sur les réseaux sociaux et même dans les débats politiques. Saint Jacques rappelle d’ailleurs que « la langue est un feu ». Maîtriser sa langue constitue donc un exercice spirituel exigeant.
Autre forme : le jeûne de consommation. Il consiste à renoncer aux achats superflus afin de donner aux pauvres l’argent économisé. Il y a également le jeûne des divertissements : réduire la télévision, les séries et les sorties. « Le temps libéré peut servir aux visites aux malades et aux engagements caritatifs », conseille le prêtre.
Le sens spirituel du jeûne
Le prêtre diocésain précise que le jeûne n’est ni une punition ni un mépris du corps. C’est un exercice de liberté. « En nous privant volontairement, nous redécouvrons que Dieu seul comble notre soif profonde. ‘L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu’ (Matthieu 4,4). Le jeûne aide à contrôler nos appétits », prêche-t-il.Il ajoute que l’être humain moderne vit dans l’abondance et la satisfaction immédiate, ce qui favorise les dépendances.
« Le jeûne apprend la maîtrise de soi et brise les chaînes de l’addiction. De plus, il crée un espace de disponibilité pour Dieu. La privation volontaire aiguise l’attention spirituelle. Elle purifie le regard intérieur et permet de percevoir la présence divine », exhorte l’abbé Roger Gomis.Le pape Léon XIV, citant saint Augustin, rappelle : « Cette tension dans le désir dilate l’âme et augmente sa capacité ».
Le jeûne élargit ainsi le cœur pour qu’il se tourne vers Dieu et s’oriente vers l’accomplissement du bien.Le jeûne au service de la justice« Le jeûne chrétien ne peut rester individualiste », insiste le prêtre. Le Pasteur d’Hermas (IIe siècle) enseigne qu’il faut se priver de nourriture, calculer l’argent économisé et le donner au pauvre qui a faim involontairement. Le pauvre nourri exprime sa gratitude à Dieu, qui accorde des grâces au donateur.
Le prophète Isaïe (chapitre 58) fustige ceux qui jeûnent tout en opprimant leurs ouvriers : « Voici le jeûne qui me plaît : détacher les chaînes injustes, délier les liens du joug, renvoyer libres les opprimés, partager ton pain avec celui qui a faim ».Ainsi, le jeûne chrétien authentique se traduit par des actes de justice.
Le pape Léon XIV affirme que « le jeûne doit maintenir vigilantes la faim et la soif de justice, en les soustrayant à la résignation et en les éduquant pour qu’elles deviennent prière et responsabilité envers le prochain ».
Viviane DIATTA

