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DR MAGUETTE DIÈYE SUR LA PRATIQUE SPORTIVE DURANT LE RAMADAN: « Le sport à jeûne n’est pas sans risques si les précautions nécessaires ne sont pas respectées »

Spécialiste en traumatologie du sport, en médecine physique et en rééducation fonctionnelle, Dr Maguette Dièye livre ses recommandations aux fidèles qui souhaitent maintenir une activité sportive durant le mois béni de Ramadan. Selon le médecin-colonel, kinésithérapeute et spécialiste des pathologies du dos, la pratique sportive est possible, à condition d’adapter l’intensité et de respecter certaines précautions.

Ramadan rime-t-il avec sport ?

Pratiquer le sport pendant le Ramadan est tout à fait possible, à condition d’adapter l’intensité des séances, les horaires et l’alimentation. Il est conseillé de privilégier des séances modérées, soit une à deux heures avant la rupture du jeûne, soit une à deux heures après. L’hydratation est essentielle. Il faut boire suffisamment d’eau entre l’iftar et le repas de l’aube. L’objectif principal n’est pas la performance maximale, mais le maintien de la masse musculaire, tout en restant attentif aux signaux du corps afin d’éviter fatigue excessive et blessures.

Existe-t-il des risques sanitaires à pratiquer le sport en journée ?

Oui, malgré ses avantages, le sport à jeûne n’est pas sans risques si les précautions nécessaires ne sont pas respectées. Le principal danger est l’hypoglycémie. En l’absence d’apport énergétique, la glycémie peut chuter, entraînant vertiges, nausées, fatigue intense, voire malaises. C’est pourquoi il est important d’adapter l’effort et d’éviter toute pratique excessive durant la journée, notamment en période de forte chaleur.

Quelles sont vos recommandations aux sportifs pendant le jeûne ?

Il est préférable de s’entraîner en fin d’après-midi, juste avant la rupture du jeûne, afin de pouvoir récupérer rapidement, ou en soirée, une à deux heures après le repas. Il est également recommandé de réduire la charge et l’intensité des entraînements habituels, privilégier le maintien de la condition physique plutôt que la recherche de performance, boire abondamment entre l’iftar (ndogou) et le sahur (kheud) pour compenser les pertes hydriques (environ 1,5 litre minimum), éviter les entraînements en plein soleil et préférer des lieux frais ou en intérieur, écouter son corps et interrompre immédiatement l’effort en cas de vertiges, maux de tête ou fatigue extrême. Le sport à jeun peut favoriser la combustion des graisses, mais il nécessite une gestion rigoureuse pour prévenir tout risque d’hypoglycémie.

Quelle est la ligne rouge à ne pas franchir ?

Faire du sport tous les jours sans respecter les temps de récupération peut déséquilibrer l’organisme et annuler les bienfaits de l’activité physique. Un entraînement intensif et répété augmente les risques de douleurs musculaires persistantes, de fatigue chronique et de baisse d’énergie. Le manque d’hydratation constitue également un danger majeur, surtout en cas de forte chaleur. Si, dans un premier temps, l’organisme compense, la déshydratation peut rapidement s’installer et provoquer crampes, troubles digestifs et baisse des performances physiques. Dans les cas sévères, elle peut affecter le système cardiovasculaire. En ambiance chaude et sans apport hydrique, le risque d’hyperthermie augmente, pouvant conduire à un coup de chaleur, une situation potentiellement grave, voire fatale.

Par ailleurs, l’épuisement des réserves glycogéniques (réserves de sucre dans le sang) est fréquent lors d’un entraînement à jeûne. Cela peut perturber le système hormonal et favoriser l’hypoglycémie, souvent en fin de journée. Enfin, le changement des horaires de repas, au coucher et avant le lever du soleil, perturbe le cycle veille-sommeil. Cette dette de sommeil, cumulée sur plusieurs jours, accentue la fatigue et augmente le risque de blessures.

Fatou DIOUF &Mouhamed DIEDHIOU